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03/02/2018

RDC: Sanctions de l’Onu contre Gédéon et le général Mundos Par Marie-France Cros.

 
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RDC: Sanctions de l’Onu contre Gédéon et le général Mundos
Par Marie-France Cros.

Le Comité des sanctions de l’Onu a ajouté jeudi à sa (longue) liste quatre Congolais représentant une « menace pour la paix, la stabilité et la sécurité » en République démocratique du Congo (RDC), a annoncé Belga.

L’Onu avait déjà sanctionné la rébellion tutsie M23, ainsi que cinq de ses dirigeants; le chef de la rébellion dont elle était issue, le CNDP, Laurent Nkunda; un autre rebelle tutsi, Jules Mutebusi. Elle avait également sanctionné les FDLR, rébellion hutue rwandaise issue des génocidaires et active au Congo, où elle a souvent fourni des supplétifs à l’armée congolaise, ainsi que certaines personnalités de ce mouvement. Des chefs miliciens d’Ituri (dont deux ont été jugés par la Cour pénale internationale) et du Nord-Kivu figurent aussi sur sa liste de sanctionnés, ainsi que des civils, opérateurs économiques au Kivu, et des entreprises au Kivu ou oeuvrant au Kivu.

Kivu et Katanga

Cette fois, l’Onu épingle trois personnalités actives au Kivu et une au Katanga. Pour le Kivu, il s’agit du chef de la milice Nduma Defence of Congo/NDC Rénové, Guidon Shimiray Mwisa, qui sévit dans les régions de Lubero et Walikale (Nord-Kivu); son groupe est une scission du Nduma Defence of Congo, l’autre aile étant dirigée par un trafiquant de cassitérite et coltan nommé Cheka. Les deux groupes s’affrontent souvent. En 2016, celui de « Guidon » avait notamment ouvert le feu sur des soldats congolais et des casques bleus pour empêcher une distribution de nourriture aux civils à Buleusa.

Le second sanctionné est un Rwandais nommé Lucien Nzambwita, sur lequel nous n’avons pas de détails. Et le troisième est le général Charles Muhindo Akili, dit « Mundos », très connu celui-ci. C’est apparemment la première fois qu’un officier congolais en fonction (et non un mutiné, comme ce fut le cas pour les Tutsis du M23, du CNDP ou de Mutebusi) est visé par des sanctions de l’Onu.

Le général qui armait les rebelles pour tuer des civils

Le général « Mundos » est issu de la garde prétorienne du président hors mandat Joseph Kabila, la Garde Républicaine. Il avait été l’adjoint du populaire général Lucien Bahima jusqu’au décès suspect de celui-ci, le 30 août 2014, durant l’opération « Sukola 1 », supposée mettre fin aux crimes de la rébellion ougandaise ADF dans l’est du Congo. Le 13 septembre 2014, le général « Mundos » avait été nommé commandant du secteur opérationnel à Beni – Lubero, tandis que débutait une vague de massacres dans la région de Beni, attribués par Kinshasa aux ADF mais dont certaines tueries au moins sont, selon des chercheurs, l’œuvre de l’armée congolaise elle-même.

En mai 2016, un rapport des experts de l’Onu accusait le général « Mundos » d’avoir recruté, financé et armé des membres des ADF pour qu’ils tuent des civils à Beni et, quelques jours plus tard, il était visé par des sanctions de l’Union européenne. En septembre dernier, un rapport du Groupe d’Etudes sur le Congo (GEC, rattaché à l’Université de New York) l’accusait d’être complice et co-auteur des principaux massacres à Beni. Ceux-ci ont fait un millier de morts et 180.000 déplacés.

Gédéon le tueur

Le dernier des quatre nouveaux sanctionnés par l’Onu, est le chef de milice Gédéon Kyungu, plus connu sous son seul prénom, qui a fait trembler le Katanga en raison d’horribles exactions – notamment des actes de cannibalisme – contre les civils dans ce qui était devenu, de son fait, au début des années 2000, « le triangle de la mort » (Mitwaba, Manono, Kabalo).

Après s’être rendu aux casques bleus en 2006, il avait été condamné à mort par un tribunal militaire congolais en mars 2009. Mais, en septembre 2011, une spectaculaire attaque de sa prison de la Kasapa (Lubumbashi) avait permis de le libérer – avec 900 détenus – sans que les militaires de deux camps voisins ne réagissent.

Rallié à Kabila

Il avait repris ses violences dans le triangle de la mort avant d’annoncer, en août 2015, qu’il fondait un parti politique, le MIRA. Quatorze mois plus tard, le 11 octobre 2016, Gédéon « déposait les armes », accueilli par des chants et des danses, lors d’une grande cérémonie organisée par le gouverneur du Haut-Katanga, au cours de laquelle le milicien portait un T-shirt à l’effigie de Joseph Kabila. A la suite de quoi son épouse, Mme Ilunga, sera libérée de prison.

Quelques mois plus tard, la nuit du 21 au 22 mars 2017, plusieurs camions transportant une partie de ses miliciens, officiellement démobilisés, les ont amenés à l’aéroport de Lubumbashi où ils ont embarqué pour Kananga, au Kasaï – alors en proie à une sanglante rébellion au nom du chef assassiné Kamwina Nsapu. Le 29 mai 2017, l’Union européenne adoptait des sanctions à son encontre. Et le 3 octobre dernier, le ministre congolais de la Justice, Alexis Thambwé, annonçait l’amnistie de 79 « détenus politiques » inconnus qui, selon les familles des détenus politiques connus, étaient des miliciens de Gédéon.

 
 
 
 

RDC: Sanctions de l’Onu contre Gédéon et le général Mundos Par Marie-France Cros.

 
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RDC: Sanctions de l’Onu contre Gédéon et le général Mundos
Par Marie-France Cros.

Le Comité des sanctions de l’Onu a ajouté jeudi à sa (longue) liste quatre Congolais représentant une « menace pour la paix, la stabilité et la sécurité » en République démocratique du Congo (RDC), a annoncé Belga.

L’Onu avait déjà sanctionné la rébellion tutsie M23, ainsi que cinq de ses dirigeants; le chef de la rébellion dont elle était issue, le CNDP, Laurent Nkunda; un autre rebelle tutsi, Jules Mutebusi. Elle avait également sanctionné les FDLR, rébellion hutue rwandaise issue des génocidaires et active au Congo, où elle a souvent fourni des supplétifs à l’armée congolaise, ainsi que certaines personnalités de ce mouvement. Des chefs miliciens d’Ituri (dont deux ont été jugés par la Cour pénale internationale) et du Nord-Kivu figurent aussi sur sa liste de sanctionnés, ainsi que des civils, opérateurs économiques au Kivu, et des entreprises au Kivu ou oeuvrant au Kivu.

Kivu et Katanga

Cette fois, l’Onu épingle trois personnalités actives au Kivu et une au Katanga. Pour le Kivu, il s’agit du chef de la milice Nduma Defence of Congo/NDC Rénové, Guidon Shimiray Mwisa, qui sévit dans les régions de Lubero et Walikale (Nord-Kivu); son groupe est une scission du Nduma Defence of Congo, l’autre aile étant dirigée par un trafiquant de cassitérite et coltan nommé Cheka. Les deux groupes s’affrontent souvent. En 2016, celui de « Guidon » avait notamment ouvert le feu sur des soldats congolais et des casques bleus pour empêcher une distribution de nourriture aux civils à Buleusa.

Le second sanctionné est un Rwandais nommé Lucien Nzambwita, sur lequel nous n’avons pas de détails. Et le troisième est le général Charles Muhindo Akili, dit « Mundos », très connu celui-ci. C’est apparemment la première fois qu’un officier congolais en fonction (et non un mutiné, comme ce fut le cas pour les Tutsis du M23, du CNDP ou de Mutebusi) est visé par des sanctions de l’Onu.

Le général qui armait les rebelles pour tuer des civils

Le général « Mundos » est issu de la garde prétorienne du président hors mandat Joseph Kabila, la Garde Républicaine. Il avait été l’adjoint du populaire général Lucien Bahima jusqu’au décès suspect de celui-ci, le 30 août 2014, durant l’opération « Sukola 1 », supposée mettre fin aux crimes de la rébellion ougandaise ADF dans l’est du Congo. Le 13 septembre 2014, le général « Mundos » avait été nommé commandant du secteur opérationnel à Beni – Lubero, tandis que débutait une vague de massacres dans la région de Beni, attribués par Kinshasa aux ADF mais dont certaines tueries au moins sont, selon des chercheurs, l’œuvre de l’armée congolaise elle-même.

En mai 2016, un rapport des experts de l’Onu accusait le général « Mundos » d’avoir recruté, financé et armé des membres des ADF pour qu’ils tuent des civils à Beni et, quelques jours plus tard, il était visé par des sanctions de l’Union européenne. En septembre dernier, un rapport du Groupe d’Etudes sur le Congo (GEC, rattaché à l’Université de New York) l’accusait d’être complice et co-auteur des principaux massacres à Beni. Ceux-ci ont fait un millier de morts et 180.000 déplacés.

Gédéon le tueur

Le dernier des quatre nouveaux sanctionnés par l’Onu, est le chef de milice Gédéon Kyungu, plus connu sous son seul prénom, qui a fait trembler le Katanga en raison d’horribles exactions – notamment des actes de cannibalisme – contre les civils dans ce qui était devenu, de son fait, au début des années 2000, « le triangle de la mort » (Mitwaba, Manono, Kabalo).

Après s’être rendu aux casques bleus en 2006, il avait été condamné à mort par un tribunal militaire congolais en mars 2009. Mais, en septembre 2011, une spectaculaire attaque de sa prison de la Kasapa (Lubumbashi) avait permis de le libérer – avec 900 détenus – sans que les militaires de deux camps voisins ne réagissent.

Rallié à Kabila

Il avait repris ses violences dans le triangle de la mort avant d’annoncer, en août 2015, qu’il fondait un parti politique, le MIRA. Quatorze mois plus tard, le 11 octobre 2016, Gédéon « déposait les armes », accueilli par des chants et des danses, lors d’une grande cérémonie organisée par le gouverneur du Haut-Katanga, au cours de laquelle le milicien portait un T-shirt à l’effigie de Joseph Kabila. A la suite de quoi son épouse, Mme Ilunga, sera libérée de prison.

Quelques mois plus tard, la nuit du 21 au 22 mars 2017, plusieurs camions transportant une partie de ses miliciens, officiellement démobilisés, les ont amenés à l’aéroport de Lubumbashi où ils ont embarqué pour Kananga, au Kasaï – alors en proie à une sanglante rébellion au nom du chef assassiné Kamwina Nsapu. Le 29 mai 2017, l’Union européenne adoptait des sanctions à son encontre. Et le 3 octobre dernier, le ministre congolais de la Justice, Alexis Thambwé, annonçait l’amnistie de 79 « détenus politiques » inconnus qui, selon les familles des détenus politiques connus, étaient des miliciens de Gédéon.

 
 
 
 

31/01/2018

L’UA PREND JOSEPH KABILA À CONTRE-PIED

L’UA PREND JOSEPH KABILA À CONTRE-PIED  


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Le président Joseph Kabila n’a pas fait le déplacement d’Addis-Abeba, en Ethiopie, où s’est clôturé lundi le 31ème sommet de l’Union africaine. Sans surprise, la RDC a brillé une fois de plus par son absence. N’empêche, l’UA a promis de s’investir pour faire fléchir le gouvernement congolais concernant la mise en œuvre de l’Accord politique du 31 décembre 2016, seule issue, pense-t-elle, pour garantir des élections apaisées en RDC. L’UA prend ainsi à contre-pied Joseph Kabila qui, vendredi dernier, a conjugué ledit compromis politique au passé.
 
Les rideaux sont tombés lundi à Addis-Abeba sur le 31ème sommet de l’Union africaine. Des chefs d’Etat et de gouvernement ont fait le déplacement du siège l’UA pour parler de l’avenir de l’Afrique : ses problèmes et ses nombreux défis à relever. Si la jeunesse a été au cœur de ce sommet, l’UA n’a pas manqué de relever les points faibles d’un continent qui peine à décoller. Outre des défis sécuritaires qui restent encore diversifiés, la situation de crise au Soudan du Sud et en RDC a été abordée par les dirigeants africains présents dans la capitale éthiopienne.
 
Le président guinéen, Alpha Condé, qui terminait son mandat à la tête de l’UA, en a d’ailleurs fait mention. Il n’a pas caché ses inquiétudes sur l’enlisement de la crise politique en RDC, née, selon lui, de la mauvaise foi du pouvoir en place à s’inscrire volontairement dans le processus électoral en vue d’élire un nouveau chef de l’Etat à la tête du pays. La RDC, a indiqué le président guinéen, est une épine sous le pied de l’UA, préconisant, à cette occasion, l’urgence de poser des actions concrètes pour aider la RDC et son peuple à bénéficier véritablement de la démocratie.
 
L’UA déterre l’Accord du 31 décembre…
 
Président de la Commission de l’UA, le Tchadien Moussa Faki Mahamat considère la RDC comme l’une des crises sur lesquelles l’UA doit agir en toute urgence. « Les tensions et les violences de ces derniers jours ont souligné l’urgence de la mise en œuvre de l’Accord de la Saint-Sylvestre, en vue de la tenue d’élections en décembre 2018 », a déclaré Moussa Faki Mahamat.
 
Jusqu’au sein de la communauté d’Afrique australe, dont la République démocratique du Congo est membre, la position de fermeté qu’affiche le président Kabila suscite une moue. Peu bavard sur les questions de politique intérieure des pays de la SADC, le très respecté président du Botswana, Ian Khama, s’est acharné sur le président Kabila qu’il considère, à juste titre, comme le principal point de blocage de la crise en RDC.
 
Selon « The East African », publié samedi 27 janvier, le président Khama a pressé son homologue congolais de respecter la Constitution de la RDC. « Nous avons un des dirigeants de la région SADC qui ne veut pas obéir à l’Etat de droit », a-t-il regretté. « Il a retardé les élections en raison d’intérêts propres, ce qui est une mauvaise chose », a ajouté le chef de l’Etat botswanais vendredi dernier, lors d’une cérémonie d’adieu à la présidence, tenue à Francistown. « Modifier la Constitution devrait être la volonté des citoyens, pas d’une seule personne », a-t-il encore objecté.
 
A Addis-Abeba, l’Accord du 31 décembre 2016 est revenu sur la table des discussions alors qu’à Kinshasa, le président Kabila s’efforce à l’enterrer. Entre Kinshasa et Addis-Abeba, les violons ne semblent pas s’accorder sur la manière de sortir la RDC de la crise.
 
En tout cas, à Addis-Abeba, la mise en œuvre intégrale de l’Accord, dit de la Saint-Sylvestre, préoccupe les dirigeants africains.  A la suite de l’UA, les Nations unies, représentées dans la capitale éthiopienne par son secrétaire général, le Portugais Antonio Guterres, a réaffirmé que  l’Accord du 31 décembre 2016 demeure la seule feuille de route acceptable, à même de donner une chance à la paix en RDC.
 
Certes, le président Kabila a une autre appréhension de cet accord, le plus évident est qu’à Addis-Abeba, l’UA lui a rappelé que tout le continent attend le voir s’impliquer effectivement dans sa mise en œuvre intégrale.
 
Au moment où le président Paul Kagamé du Rwanda hérite de la présidence tournante de l’UA, on doit s’attendre à un tournant du dossier congolais au niveau d’Addis-Abeba. Dans son premier discours, en tant que président de l’UA, Paul Kagamé, réputé très proche du président Kabila, a promis d’agir pour que l’UA impose sa marque sur le continent.
 
Le dossier chaud de la RDC est là où on attend le plus. Très influent dans le cercle du pouvoir en place à Kinshasa, le président Paul Kagamé part avec toutes les faveurs des pronostics. L’UA a pris le soin de déterrer l’Accord de la Saint-Sylvestre que le président Joseph Kabila tentait d’enterrer le week-end dernier. Il ne reste plus à l’organisation panafricaine que l’intensification de la pression sur le président Kabila en vue de l’amener à s’inscrire dans la logique tracée dans le cadre de cet accord.
 
Avec Paul Kagamé aux commandes de l’UA, on voit mal le président Kabila résister pendant longtemps à l’homme fort de Kigali, si réellement celui-ci a décidé de s’impliquer à fond dans le dossier congolais. Depuis Addis-Abeba, l’UA a promis de faire bouger les lignes en RDC. Il y a de bonnes raisons d’y croire.

(  le potentiel )