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18/02/2014

Congo-Kin : «Joseph Kabila» est le problème !

Congo-Kin : «Joseph Kabila» est le problème !

 
 
"Joseph Kabila"

Sous la présidence du Premier ministre Augustin Matata Ponyo, le gouvernement congolais a tenu lundi 10 février … sa toute première réunion du conseil des ministres pour l’année 2014. Et pourtant. Depuis le 1er janvier, les sujets brûlants n’ont pas manqué dans ce pays à pacifier. «Joseph Kabila» qui est tout le contraire d’un «bosseur» - dans ce Congo où tout est centralisé à la Présidence de la République -, semble s’ennuyer ferme. Il voyage beaucoup à l’étranger : Kampala, Luanda, Ndjamena, Addis Abeba etc. Le 20 novembre dernier, il a surpris l’opinion nationale en parcourant au volant deson véhicule 4x4 près d’un millier de kilomètres pour relier Bunia (Province Orientale) à Goma (Nord Kivu). Le «safari présidentiel» a duré dix jours. «Joseph» est le problème pour ce pays. Il constitue le goulot d’étranglement qui empêche le Congo-Kinshasa à se reconstruire. Faute d’un leadership loyal et visionnaire.

«Le président de la République convoque et préside le Conseil des ministres. En cas d’empêchement, il délègue ce pouvoir au Premier ministre», énonce le premier alinéa de l’article 79 de la Constitution.

Le Premier ministre Augustin Matata Ponyo a donc présidé la toute première réunion du Conseil des ministres pour l’année en cours. A ce rythme, les membres de l’exécutif national n’auront qu’une dizaine de rencontres du genre d’ici au 31 décembre prochain. En Belgique, le conseil des ministres a lieu chaque vendredi. En France, c’est le mercredi.

A l’issue de cette réunion tenue lundi, le Conseil n’a fait aucune annonce forte. Il n’a pris aucune décision. Dans son édition datée du mardi 11 février, un quotidien kinois pro-kabiliste publie un «compte-rendu» qui se limite à ces quelques mots : « Le gouvernement se réjouit de l’excellent comportement du contingent militaire congolais déployé en République Centrafricaine, un comportement qui a valu à notre pays les félicitations des hauts responsables de la Misca». Le reste de l’article n’est que la retranscription des propos du commandant du contingent des FARDC dans ce pays voisin. Où est passé le très volubile porte-parole du gouvernement?

Selon d’autres sources, le gouvernement se réjouit également «des retombées de la campagne de pacification du pays» au Nord Katanga ainsi que dans la province du Nord Kivu. Tout ça pour ça ? 

Point n’est besoin de relever que «Joseph Kabila» et son gouvernement ne sont jamais là où le pays a besoin d’eux. Gouverner un Etat revient non seulement à faire des choix mais aussi à administrer un territoire, à communiquer et à justifier. Sans oublier de rassurer les citoyens. Les dirigeants congolais sont restés aux abonnés absents au cours des récents événements : les attaques du 30 décembre 2013 - imputées aux fidèles du «prophète» Joseph Mukungubila, des sites stratégiques - à Kinshasa, à Lubumbashi et à Kindu ; l’assassinat - non élucidé à ce jour -, le 2 janvier 2014, du colonel Mamadou Ndala aux environs de Beni au Nord Kivu ; la détérioration de la situation sécuritaire au Nord Katanga où «Gédéon» Kyungu Mutanga est accusé par des experts onusiens d’avoir pris le commandement des Ba Kata Katanga. Sans oublier, l’envoi d’un contingent de l’armée congolaise en Centrafrique sur décision proprio motu de «Joseph Kabila». La Constitution, en son article 91, proclame pourtant que «la défense, la sécurité et les affaires étrangères sont des domaines de collaboration entre le président de la République et le gouvernement». 

«Déposer les armes et soutenir Kabila» 

En lisant entre les lignes le «compte-rendu» de cette réunion du conseil des ministres, il apparaît que «Joseph Kabila» et son gouvernement semblent préparer l’opinion sur les effets de la loi d’amnistie. Celle-ci a été promulguée le lendemain de cette réunion gouvernementale. C’est un secret de Polichinelle d’avancer ici que plusieurs anciens chefs miliciens et autres combattants seront les grands bénéficiaires de cette législation. C’est le cas notamment des éléments du M23 et ceux des Ba Kata Katanga. Après le CNDP de Laurent Nkunda Mihigo, il n’est pas exclu que ce dernier groupe armé - suspecté d’avoir commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité - se mue dans les semaines et mois à venir en parti politique avant de rejoindre la fameuse «majorité présidentielle». Il n’est pas non plus exclu de compter l’ex-chef milicien «Gédéon» Kyungu Mutanga - condamné à la peine de mort en 2008 et évadé de la prison de la Kasapa en septembre 2011 - parmi les bénéficiaires de l’amnistie. Vous avez dit « tolérance zéro » ?

A Lubumbashi, Gabriel Kyungu wa Kumwanza a annoncé les couleurs. Dans une déclaration faite jeudi 6 février, le président de l’Assemblée provinciale du Katanga a annoncé que des miliciens des groupes armés «Bakata Katanga» et «Mai-Mai» ont pris l’engagement «de déposer les armes» et de…«soutenir» «Joseph Kabila». Ces propos énigmatiques ont été tenus à l’issue d’une réunion dite d’évaluation d’une mission dite de sensibilisation «sur le retour de la paix» effectuée au nord du Katanga par des notables Luba du Katanga non autrement identifiés. Et ce, en présence du ministre de l’Intérieur Richard Muyej. C’est un fâcheux précédent que des politiciens luba du Katanga tentent d’inaugurer avec la connivence du premier magistrat du pays censé incarner l’intérêt général.

Dans une dépêche datée du lundi 10 février, l’AFP annonce que des «miliciens repentis» à Manono affirment avoir pris les armes pour «interpeller Papa Kabila» sur «la pauvreté et les promesses non tenues». «Nous avons élu Kabila à 100% ici chez nous, et à ce jour, nous n’avons ni routes, ni écoles, ni aucun pont», a déclaré un chef milicien non-autrement identifié. Il s’adressait au chef de la Monusco, Martin Kobler de passage à Manono. «Nous avons pris les armes pour que notre papa (le chef de l’Etat) puisse nous écouter et résoudre nos problèmes». La confirmation est ainsi faite que les bandes armées qui sèment la terreur dans l’ex-Shaba ont été montées de toutes pièces par des notables locaux pour défendre leurs intérêts catégoriels auprès du "Mulubakat à 100%", autrement dit le "raïs". 

Joseph Kabila est le problème

Depuis treize ans, le Congo n’est pas gouverné. Le chef de l’Etat est attiré plus par la frivolité que par son rôle d’"arbitre suprême" en réunissant périodiquement les membres du gouvernement. Non gouverné, le pays n’est pas non plus administré. L’article 200 de la Constitution stipule notamment : «Il est institué une Conférence des gouverneurs de province. (…). Elle est présidée par le président de la République. Elle se réunit au moins deux fois par an sur convocation de son Président. (…).». La Constitution en vigueur a été promulguée le 18 février 2006. Depuis 2007, un petit calcul mental donne un total de 14 conférences du genre. «Joseph» n’en a présidé que trois. La quatrième serait «en préparation». Elle devrait avoir lieu à Mbandaka. Lors des précédentes rencontres à Kisangani, Kinshasa et à Kananga, les participants commencent par faire un «état des lieux»: non approvisionnement en eau et électricité, dégradation de la qualité des soins de santé et de l’enseignement, mauvais état des infrastructures de base et insuffisance de moyens d’action. La clôture d travaux est ponctuée par des recommandations : le renforcement de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national ; la lutte contre l’impunité, la corruption et toutes sortes d’anti-valeurs notamment les viols et les violences faits à la femme, fille et enfant ; l’accélération de l’installation de la justice de proximité sur l’ensemble du territoire national etc.

L’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RD Congo et la Région signé le 24 février 2013 à Addis Abeba «exhorte» les autorités congolaises notamment à «effectuer des progrès en matière de décentralisation» et à "promouvoir les services sociaux de base". La Constitution en vigueur a choisi la décentralisation comme mode de gestion. Habitué à tout régenter depuis la capitale, le «gouvernement central» donne l’impression de résister à ce changement. A preuve, la loi relative à la libre administration des provinces reste non appliquée. Alors que le développement économique et social ne pourrait venir que de la base. Et non de la capitale. lors de l’audition du président de la Commission électorale nationale indépendante à la Commission des Affaires extérieures du sénat et de la chambre du royaume de Belgique, certains "commissaires" ont insisté sur la nécessité de promouvoir "la démocratie de proximité" en organisant les élections locales. 

Questions finales ? Est-il sain, dans un pays aux multiples problèmes existentiels qu’est le Congo démocratique, que l’homme qui trône à la tête de l’Etat ne soit quasiment jamais disponible pour exercer les fonctions qui lui procurent des avantages et privilèges à savoir sanctionner les lois tout en présidant les réunions du conseil des ministres et la Conférence des gouverneurs des provinces? Est-il sain que ce même homme trouve dans son agenda le temps nécessaire pour parcourir un millier de kilomètres – du 20 au 30 novembre 2013 pour relier Bunia à Goma - au volant de son véhicule 4x4 ? 

Plus que jamais, «Joseph Kabila» constitue le problème de ce pays. Il s’accroche au pouvoir alors qu’il n’a pas les ressources nécessaires pour l’exercer...

Baudouin Amba wetshi 
© Congoindépendant 2003-2014

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