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03/11/2015

Après les démissions de Malumalu et Mpungwe : le bureau de la CENI au bord de l’implosion !

Après les démissions de Malumalu et Mpungwe : le bureau de la CENI au bord de l’implosion !

Ceni_1 (1)En officialisant sa démission, le vendredi 30 octobre 2015, André Mpungwe, vice-président de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) a simplement confirmé les rumeurs qui circulaient depuis le samedi 10 octobre, date de la démission de l’abbé Apollinaire Malumalu, ancien président de la même institution d’appui à la démocratie. Cela aurait pu paraître comme un non-événement, n’eut été sa connexion troublante avec ce qui parait désormais comme un processus planifié de décapitation de la centrale électorale nationale.
 
 
En effet, alors que la succession de Malumalu tarde à se matérialiser, suite aux contestations suscitées par la désignation de Corneille Nangaa, l’opinion était surprise par le contenu de la lettre de la Majorité présidentielle, rendue publique le samedi 31 octobre, et demandant à ses représentants au bureau de la CENI de « libérer les postes » qu’ils occupent, « dans les meilleurs délais ».
 
Concrètement, cette sommation vise le Questeur, Chantal Ngoyi, dont le parti, le MSR (Mouvement Social pour la République), ne fait plus partie de la Majorité présidentielle. Si la précitée accepte de jeter l’éponge, comme l’a fait son vice-président, André Mpungwe, que l’on dit avoir quitté son poste sous une forte pression de la famille politique du Chef de l’Etat, cela porterait à trois le nombre des membres démissionnaires. Pareille situation devrait se traduire par le blocage automatique de tout fonctionnement du bureau de la CENI, dont l’effectif total est de six membres.
 
Avec trois membres, c’est l’ensemble du bureau qui devrait être réputé démissionnaire, faute de ne plus réunir le quorum pour rendre ses réunions et décisions valides.
 
Où est passée l’indépendance de la CENI et de ses dirigeants ?
 
Selon « l’exposé des motifs » consigné dans le texte de la Loi organique du 10 avril 2010 portant organisation et fonctionnement de la Commission Electorale Nationale Indépendante, celle-ci est « indépendante et dotée de la personnalité juridique ; cette indépendance s’exerce notamment à l’égard des autres institutions de la République, mais n’interdit pas les rapports de collaboration qui s’avèrent nécessaires »
Cependant, au regard de sa gestion catastrophique des processus électoraux de 2006 et 2011 mais surtout des pressions qui s’exercent présentement sur ses membres pour les contraindre à rendre leurs tabliers, l’on peut s’interroger sur le contenu de cette fameuse indépendance. L’impression que ressentent de nombreux compatriotes est que la CENI tend à être transformée en un instrument de la Majorité au pouvoir, qui peut modifier sa composition et lui dicter la conduite à suivre au grès de ses humeurs.
            L’on est d’autant étonné de l’injonction faite par cette plate-forme politique à ses représentants que ceux-ci sont censés avoir coupé le cordon ombilical avec leur « maison mère » depuis 2013, année de leur désignation et de leur investiture. Car, lorsque l’on jette un regard sur l’article 14 de la loi organique de la CENI, on lit que « le mandat de membre de la CENI prend fin par : 1. expiration du terme ; 2. décès ; 3. démission ; 4. empêchement définitif ; 5. Incapacité permanente ; 6. absence non justifiée à plus d’un quart de séances pendant un trimestre ; 7. acceptation d’une fonction incompatible ; 8. condamnation irrévocable à une peine de servitude pénale principale pour infraction intentionnelle ».
            On ne voit nulle part une disposition reconnaissant à un parti politique ou à un regroupement politique le droit de retirer son représentant du bureau de la CENI ou de l’obliger à quitter ses fonctions.
            Bien au contraire, l’article 22 du même texte dispose que « dans l’accomplissement de leur mission, les membres de la CENI : 1. ne sollicitent ni ne reçoivent d’instructions d’aucune autorité extérieure ; 2. jouissent de la totale indépendance par rapport aux forces politiques qui les ont désignés ».
 
            Doit-alors penser, à la lumière de la lettre de la Majorité adressée à ses représentants au sein du bureau de la CENI, que ceux-ci ne se sont jamais débarrassés de leur casquette politique et qu’ils continuent de travailler sous les ordres de leur « maison-mère » ? Si tel est le cas, l’on a tout à craindre du processus électoral en cours, que l’on serait en droit de croire géré non par des compatriotes sans coloration politique, mais plutôt par des personnes aux ordres des chefs de leurs partis et regroupements politiques. La démarche est d’autant maladroite qu’elle enlève le peu de crédit que certains accordaient encore à cette institution d’appui à la démocratie.
Il est à espérer qu’au regard du tollé que soulève, dans l’opinion nationale, la manœuvre de caporalisation des affiliés de la Majorité au sein de la CENI, cette plate-forme politique va éprouver de la gêne et laisser ses anciens cadres non démissionnaires tenter de sauver le processus électoral.
 
Nouveau décor du glissement
 
            Le bureau de la CENI se trouve sérieusement au bord de l’implosion. Il va suffire que le Rapporteur Adjoint et le Questeur démissionnent pour que l’on retourne à la case départ, en vue de la désignation de trois nouveaux membres, en attendant la clarification du dossier de Corneille Nangaa, jusque-là en ballottage. Connaissant les habitudes bien de chez nous, le bureau ne pourrait afficher complet avant trois à quatre mois. Qu’on se rappelle que Malumalu a démissionné depuis le 10 octobre et que son poste est toujours vacant.
            Qu’on n’ignore pas que le vice-président Mpungwe, fraichement démissionnaire, ne va pas être remplacé de si tôt.
            La série de vacances de postes qu’est train de créer la Majorité Présidentielle vise manifestement à paralyser les activités de la centrale électorale nationale, ce qui devrait avoir comme retombées immédiates l’impossibilité de mener une quelconque opération préélectorale ou électorale. Bref, le glissement qu’on redoute depuis des mois est en train de se cristalliser au fil du temps. Qu’est-ce que la « majorité silencieuse», qui s’exprime souvent à travers des manifestations de rue, pense-t-elle de l’enlisement du processus électoral ? C’est la grande inconnue des semaines et mois à venir.
 
                                                                                                                                    Kimp

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