Karla Jacinto revient de loin. Devant la caméra de la chaîne américaine CNN, la jeune Mexicaine raconte son enfer. Un témoignage poignantqui cristallise l'un des fléaux du Mexique : le trafic d'enfants

Âgée de 23 ans aujourd'hui, Karla Jacinto revient sur cette période pendant laquelle elle a été forcée de se prostituer. Son enfer commence alors qu'elle n'a que 12 ans. Elle rencontre dans la rue un homme de 10 ans son aîné. Il a une belle voiture, il la séduit et l'emmène à Tenancingo - une petite ville de 13.000 habitants au sud-est de Mexico, connue pour son trafic d'être humains, révèle un reportage de la BBC. Karla Jacinto parle du jeune homme comme de son petit-ami de l'époque. « Il m’a acheté des vêtements et des chaussures. Il me traitait comme une princesse », raconte-t-elle à CNN. Mais le conte de fées ne dure qu'un temps. 

4 ans d'enfer

Après 3 mois de relation, Karla découvre que son petit-ami tout comme ses cousins sont en fait des proxénètes. « Quelques jours plus tard, il a commencé à me dicter tout ce que je devais faire : les positions, les tarifs, les choses que je devais faire avec les clients et pendant combien de temps », explique-t-elle à CNN. 

Pendant 4 ans, la jeune fille est obligée de se prostituer dans les rues de plusieurs villes mexicaines et dans des motels. Elle raconte satisfaire quotidiennement les désirs de 30 hommes. De 10 heures à minuit, 7 jours sur 7. Au total, Karla affirme avoir été violée par 43.200 hommes. Un témoignage loin d'être isolé, qui illustre ce que vivent des dizaines de milliers d'enfants au Mexique, mais aussi aux États-Unis,d'après CNN. En France, on estime qu'entre 6 000 et 10.000 mineurs seraient exploités sexuellement. 

La police mexicaine impliquée

À 13 ans, Karla raconte aussi ce jour où la police mexicaine est venue faire une descente dans le motel où elle et plusieurs autres filles travaillaient. Tous les clients ont été expulsés des lieux. Karla croit à son jour de chance venu, celui où elle sera libérée de ce trafic. Mais le témoignage de Karla révèle un autre aspect de la prositution forcée au Mexique : l'implication des forces de l'ordre. Car ce jour-là, la trentaine de policiers ne vient pas au secours des enfants. Bien au contraire : ils prennent des vidéos des jeunes filles dans des positions compromettantes et menacent de les envoyer à leurs parents.

La jeune femme affirme également devant le Congrès américain que « beaucoup de clients étaient des étrangers venus dans [sa] ville pour avoir des relations sexuelles avec des mineures ». Elle dénonce le tourisme sexuel qui sévit dans son pays

La fin du cauchemar

C'est à l'âge de 16 ans que Karla arrive enfin à fuir ce calvaire quotidien. « Un homme qui était devenu un client régulier, a été en mesure de voir au-delà du plaisir à court-terme. » Il l'aide à s'échapper et elle trouve refuge dans le foyer Fundación Camino a Casa. Selon CNN, la jeune fille a également habité pendant un an dans un autre foyer baptisé « Road to Home ». Sept ans après la fin de son cauchemar, Karla porte encore sur son visage les souvenirs de son passé et milite contre l'exploitation des enfants et le trafic d'être-humains. 

À lire aussi : 

Les femmes handicapées sont très souvent victimes de sévices
Carole, 41 ans, raconte l'enfer de la prostitution en Belgique
Le gouvernement fait le forcing pour pénaliser les clients des prostituées