image: http://digitalcongo.net/UserFiles/image/Photos_2011/Temp_Images/foule_congolais.jpg

Lors que dans son message à la nation le samedi 28 novembre dernier, sur les antennes de la Radiotélévision nationale congolaise (RTNC), le chef de l’Etat Joseph Kabila venait de rompre le silence en annonçant la convocation d’un «dialogue politique national inclusif », certains opposants n’ont pas manqué de réagir dans divers sens. Mais lorsqu’il y a scission dans un camp, il est fort possible que cela profite au camp adverse

Le mot-clé à retenir et qui fait le buzz ce sont les élections : fichier électoral, calendrier électoral, sécurisation des élections, financement des élections ainsi que le rôle des partenaires extérieurs dans ce processus, voilà ce qui milite en faveur de cette grand-messe. Si la fille aînée de l’Opposition, l’UDPS a donné la main, les opposants anti-dialogues sont désillusionnés, en faveur d’une nouvelle Majorité

Même si la date et le lieu pour la tenue du dialogue politique national inclusif n’ont pas été révélés, cette grand-messe tant attendue va incessamment se tenir. Joseph Kabila a lancé un « appel ultime» à ceux qui hésitent encore à rejoindre cette voie des négociations pour donner sa chance à la «relance du processus électoral», peut-on retenir de prime abord.

Des précisions courageuses

En effet, le Chef de l’Etat a mis du temps pour en arriver là. Et pour cause, il fallait consulter les uns et les autres dans un pays ou même les sans pignon sur rue se proclament leaders. C’est ainsi qu’«après avoir recueilli vos avis directement et à travers ceux qui ont porté vos voix aux consultations, mes chers compatriotes, j’ai décidé ce jour de la convocation d’un dialogue politique national inclusif et de la mise en place subséquente d’un comité préparatoire pouvant régler tous les aspects liés à son organisation», a déclaré Joseph Kabila plutôt flegmatique dans ledit message qui, à peine diffusé, fait déjà le buzz.

Selon lui, «la tâche de la co-modération de ces assises pourra bénéficier de l’accompagnement d’une facilitation internationale qui aura à offrir ses bons offices en cas de difficultés majeures.»

Selon sa coutume à l’one de grands événements, le chef de l’Etat a annoncé également son intention de prendre des mesures de grâce individuelles en faveur de certains prisonniers. Il n’est pas exclus que certains d’entre ceux que Amnesty international nommait dernièrement en fasse partie.

Le menu des assises 

Après avoir résumé les préoccupations aussi bien des Congolais que celles des partenaires de la communauté internationale, Joseph Kabila a axé son intervention sur les élections, en 5 points, qui devraient être débattus au cours de ce dialogue. A l’en croire, il s’agit de sujets sur lesquels des «divergences profondes d’opinions apparaissent sur la scène nationale au point de menacer l’unité et la stabilité du pays».

D’ores et déjà, l’on conviendra avec le Président de la République que le fichier électoral, le calendrier électoral, la sécurisation des élections, le financement des élections ainsi que le rôle des partenaires extérieurs dans ce processus sont à retenir.

«Au-delà de la sécurisation physique et matérielle des candidats et électeurs, le problème qui se pose à ce niveau est celui du rôle que devait jouer la classe politique, et chacun de nous, dans la promotion d’un environnement favorable à un processus électoral apaisé», a-t-il déclaré.

«Dans quel état d’esprit doit-on aller aux élections ? Doit-on brûler le pays parce qu’on a perdu une élection ou l’exposer à des revendications violentes ? »,  s’est interrogé le chef de l’Etat congolais, regard sur les réalités post 2006 et 2011.

En outre, l’apport des partenaires de la RDC au processus électoral ne doit pas ouvrir la porte à l’ingérence extérieure dans les affaires intérieures du pays. Une manière de veiller au grain sur la souveraineté de la RDC.

L’opposition partagée

La fille aînée de l’opposition, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a coupé l’herbe au pied de ceux que d’aucuns qualifient d’apprentis sorciers. En réalité, que Kabila ait tendu et obtenu la main d’Etienne Tshisekedi, lui concédant 5/5 face au cahier des charges, cela a désillusionné tous ceux qui se revendiquent de l’opposition anti-dialogue. Pourvu que cette ‘’nouvelle alliance’’ aille jusqu’au bout lorsque l’on reconnait versatile le lider maximo. Dans le camp Majorité, certains se voient perdre l’audience. Et même des alliés, tel le Palu d’Antoine Gizenga devra fourbir autrement les armes devant un bifteck en train de lui échapper. L’affaire est à la fois sérieuse et compliquée. La politique congolaise a ses secrets.

Cependant, la haute facture du message de Joseph Kabila a vite suscité des réactions. La classe politique ainsi que la société civile ont vite fait des déclarations. Mais il apert que l’opposition est fortement divisée sur les propos du chef de l’Etat Joseph Kabila, annonçant la convocation dudit dialogue.

Pour certains membres de cette opposition plurielle, non coordonnée et donc monstre à mille têtes, il faut se rallier au sein de «l’opposition pro-dialogue national». C’est le cas de Steve Mbikayi qui est d’avis que le chef de l’Etat  a répondu favorablement aux désidératas lui soumis lors de la consultation par les forces vives notamment sur la libération des prisonniers politiques.

«Nous sommes très satisfaits parce que le chef de l’Etat, dans son discours, a tenu compte des charges que je lui avais déposées quand il avait reçu le parti travailliste. Le chef de l’Etat n’a pas tout déterminé. Il a juste annoncé le principe du dialogue. Il n’a pas fixé le lieu, ni la date, non plus le format pour dire que ce sera un vrai dialogue, différent des concertations, où lui avait tout diligenté», s’est-il réjoui.

D’où son invitation aux chancelants de revenir au bon sens, sachant que ce forum s’avère le seul cadre qui va aider à décrisper la crise politique en vue. Toutes autres questions qui fâchent seront débattues au sein du dialogue.

«Nous allons amener nos revendications. Lui aussi a donné un point de réflexion qui n’est pas une décision parce qu’il n’impose pas. Parce qu’au dialogue, personne ne va imposer à personne», a poursuivi le coordonnateur de l’opposition pro-dialogue.

De son côté, le Mouvement de libération du Congo (MLC) a critiqué le chef de l’Etat. Son secrétaire générale, Eve Bazaïba regrette curieusement que le président de la République n’ait pas donné l’occasion au peuple congolais de comprendre aussi clairement le fond de sa pensée, sans dire comment.

Elle accuse prématurément Joseph Kabila de vouloir revoir certaines clauses de la constitution: «Lorsque le président dit que au sein du dialogue on va réfléchir sur le mode de suffrage, sur le mode de scrutin désormais pour limiter le coût. Le chef de l’Etat oublie que tous les modes du scrutin et de suffrage sont repris dans la constitution». Pourtant Kabila n’a pas décidé en amont. Il n’a fait qu’une compilation des avis et considérations recueillis lors des consultations

Mwando Nsimba aux oreilles de la communauté internationale

Ancien ministre de défense de la Rdc, le président de l’Union nationale des démocrates fédéralistes (Unadef) appelle la communauté internationale à « jouer franc jeu » au cours du processus électoral congolais.

Le président de ce parti de l’opposition, membre du G7, a lancé cet appel à l’ouverture de son congrès, samedi 28 novembre, à Kinshasa.

Confus, Charles MwandoNsimba dit ne pas comprendre que la communauté internationale qui exige la publication d’un calendrier réaliste et respectant les délais constitutionnels, appuie également la tenue du dialogue.

Cette position jugée qu’il qualifie d’ambigüe de la communauté internationale risque, selon lui, de favoriser le glissement du mandat présidentiel au-delà de 2016.

«La communauté internationale a des jeux flous. Le fait d’adhérer par, peut-être humour, d’adhérer par l’ouïe aussi, c’est jouer le jeu du glissement. C’est un danger. Là, je voudrais que la communauté internationale joue franc jeu», a dénoncé Charles Mwando.

Il a estimé que l’évaluation des mécanismes d’Addis-Abeba peut se faire parallèlement à l’application des dispositions constitutionnelles, c’est-à-dire calendrier, programmation des élections.

«Nous avons mission de lutter, nous avons mission d’empêcher la résurgence de la dictature » a poursuivi le président de l’Unadef.

Comme les autres ténors de G7, Charles Mwando a jugé inopportun le dialogue politique, annoncé par le chef de l’Etat.

Le G7 regroupe les sept partis politiques exclus de la Majorité présidentielle, après avoir interpellé à travers une lettre ouverte en septembre dernier, le président Joseph Kabila, sur la nécessité d’organiser des élections dans le délai constitutionnel pour une alternance politique en RDC.

Tout le monde au portillon

A vrai dire, c’est tout le monde qui voudrait se retrouver participant à ces assises. Question de vie ou de mort politique, d’une mangeoire où tous sont conviés, d’une affaire per diem aussi. Même la plupart de ceux qui crient au scandale sont, prêts à y aller, si jamais la chance leur sourit. Mais le cadre doit être strictement délimité, le temps, l’espace, … parce qu’il y a des labos qui sont déjà à pied d’œuvre dans tous les états-majors.

En effet, après ce dialogue, c’est une autre histoire du pays qui commence. Les non partant savent qu’ils auront tort d’avoir passé outre. Et quand on se propose de soulever la population, l’on sait que personne n’a le monopole sur cette population. Heureusement, pour Kabila, la main est encore tendue jusqu’à ce que se ferme hermétiquement l’arche de Noé.

Emmanuel Badibanga/L’Avenir