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11/12/2015

Burundi: Bujumbura sous le feu

Burundi: Bujumbura sous le feu

MARIE-FRANCE CROS Publié le - Mis à jour le

INTERNATIONAL

Bujumbura s'est réveillée vers 2h du matin, cette nuit, sous les coups de feu. Cette après-midi, les échanges de tirs de roquette, mitraillette et grenade se poursuivent et les habitants sont terrés chez eux - sauf dans certains quartiers périphériques, où des boutiques sont toujours ouvertes.

Les premières informations faisaient état de l'attaque de camps militaires par des éléments armés et, alors que les autorités parlaient de "dizaines de morts" parmi "les assaillants", on avait immédiatement pensé qu'il s'agissait de soldats et officiers burundais qui ont fait défection depuis l'échec du coup d'Etat des 13 et 14 mai derniers contre le président Nkurunziza. Ce dernier a plongé son pays dans la crise en s'obstinant à se présenter personnellement à un troisième mandat consécutif, bien que cela ait été spécifiquement interdit par l'Accord de paix d'Arusha, qui avait mis fin à la guerre civile (1993-2005).

Une mutinerie?

Jusqu'alors, l'armée burundaise était constituée par l'ancienne armée du régime tutsi, à laquelle avaient été intégrés les combattants des guérillas hutues, principalement celle du CNDD-FDD, devenu le parti présidentiel. Le coup d'Etat de mai dernier avait révélé la déchirure dans ce qui était considéré, jusque-là, comme un bel exemple d'intégration réussie.

La Libre Belgique a pu joindre des habitants de la capitale, qui ont une tout autre vision de ce qui s'y passe. Plusieurs versions circulent.

Selon la première, "cela tire" dans de nombreux quartiers de la ville, avec une forte concentration autour de trois camps militaires: ceux de Ngagara, de l'Iscam (école d'officiers) et de Muha. Tous trois sont situés en zone habitée et ne sont pas imperméables à ce qui se passe dans la capitale depuis des mois: une partie de la population manifeste ouvertement son rejet du régime Nkurunziza, dont les dernières élections n'ont pas été reconnues internationalement. Selon cette version, des militaires de ces camps se sont soulevés, provoquant des heurts armés avec les militaires pro-régime. Certains avancent même que ce qui aurait mis le feu aux poudres est l'entrée, dans la nuit, d'éléments pro-régime dans ces camps, afin de les remettre au pas avant qu'ils se mutinent.

Une autre version évoque des combats entre militaires en raison d'une "guerre de chefs", certains d'entre eux ayant décidé de remplacer le président Nkurunziza. On cite ainsi le nom du bras droit du chef de l'Etat, Alain-Guillaume Bunyoni. Si cette version était exacte, cela signifierait un durcissement du régime, déjà isolé au point d'être quasiment autiste.

Le procès des putschistes, lundi

Le porte-parole du chef de l'Etat, Willy Nyamitwé, a, quant à lui, évoqué une tentative de faire évader des militaires putschistes des 13 et 14 mai, qui doivent être jugés à Bujumbura à partir de lundi. L'avocat belge de quatre de ces militaires, Me Bernard Maingain, interrogé par La Libre Belgique, voit dans cette affirmation "un argument pour justifier des mesures d'exception" qui seraient prises à l'égard des accusés, que l'avocat belge considère comme des "loyalistes" à l'Accord de paix d'Arusha et à la Constitution.

Me Maingain nous a indiqué que des négociations étaient "en cours avec l'ONU pour sécuriser les défenseurs pendant le procès" et souligné qu'il était important pour lui de se rendre à Bujumbura "afin qu'il y ait une parole libre" durant les audiences

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