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13/12/2015

COP21: Un accord pour le climat et au-delà

 

COP21: Un accord pour le climat et au-delà

GILLES TOUSSAINT, ENVOYÉ SPÉCIAL À PARIS Publié le - Mis à jour le

PLANÈTE

Samedi, 19H25. Le petit marteau vert de Laurent Fabius s’abat sur le pupitre. “Nous avons un accord”, proclame le ministre des Affaires étrangères français, visiblement très ému. Passé l’instant de surprise, la salle se lève et applaudit à tout rompre, des larmes apparaissent sur plusieurs visages. Au terme de plusieurs années de négociations extrêmement difficiles, ponctuées de petits pas, de marches arrières et de nombreuses crises de nerfs, la communauté internationale tient enfin son accord universel de lutte contre le réchauffement climatique. Et Laurent Fabius l’apothéose d’une vie politique chahutée.

Quelques heures auparavant, celui qui préside la conférence climat des Nations unies depuis deux semaines –avec brio, de l’avis général – avait tenté son coup de poker. Après avoir littéralement suspendu le processus de négociations pendant 36 heures et multiplié les consultations bilatérales pour tenter de rapprocher les points de vue, il annonce qu’il proposera un texte d’accord final en début d’après-midi. A prendre ou à laisser.

L’instant est solennel. Le président François Hollande s’est personnellement déplacé, ainsi que le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon, pour appeler les délégués des 195 pays présents dans la salle à prendre leurs responsabilités.

Un discours fort et un joli coup tactique

Les traits tirés, marqués par le manque de sommeil, Laurent Fabius se lance avec conviction dans un vibrant plaidoyer pour que les délégués avalisent cet accord “nécessaire pour le monde entier et chacun de nos pays”. Ce texte, enchaîne-t-il, constitue “le meilleur équilibre possible”. “Chacun peut rentrer chez lui la tête haute.” Au-delà du climat, souligne-t-il, il servira des grandes causes: les droits de l’homme, le développement des pays les plus pauvres... “et, enfin, la paix”. “La crédibilité du multilatéralisme pour faire face aux grands problèmes mondiaux est en jeu.” Une remarque lourde de sens dans le contexte actuel.

Un sanglot dans la voix, il évoquera également la mémoire des ministres, négociateurs et militants disparus, qui se sont battus pour parvenir à pareil compromis. L’usine à gaz des grand-messes climatiques, si souvent décriées, retrouve une dimension humaine.

“L’accord ne sera un succès pour personne si chacun le lit à la lumière de ses propres intérêts”, surenchérit le locataire de l’Elysée, conjurant la salle à adopter cette proposition. “Il est rare dans une vie d’avoir l’occasion de changer le monde. Cette chance, vous l’avez. Saisissez-là !”

La pression sur les Etats est maximale. Celui qui bloque s’expose au blâme de l’opinion mondiale.

Tout n’est pas joué pour autant. La veille en effet, les délégations étaient retombées dans leurs vieux travers, ressortant les arguments qui maintiennent le processus dans l’ornière depuis de nombreuses années. Les pays pauvres veulent pouvoir poursuivre leur développement et des garanties sur les moyens financiers que leur ont promis les pays riches pour y parvenir. Les pays riches veulent que les efforts de réduction de émissions s’imposent à tout le monde, en particulier à leurs concurrents économiques directs que sont les grands émergents.

Suspense

Le texte est analysé sous toutes les coutures par les délégations – et en salle de presse. Un gros travail a visiblement été fait pour ne laisser personne sur le côté. La réunion plénière, initialement annoncée pour 15h30 est reportée plusieurs fois. Les heures s’écoulent. Les rumeurs courent. Le groupe des pays en développement serait mécontent du volet financier. Les Etats-Unis veulent changer un “devra” en “devrait”. Les Etats africains veulent être mis sur le même pied que les Etats insulaires et les pays les plus vulnérables... Les capitales échangent très probablement d’ultimes coups de fil. Le doute monte d’un cran. Est-on reparti pour un psychodrame comme lors du sommet de Copenhague?

Aux alentours de 19h, la séance reprend. Laurent Fabius souligne que quelques modifications techniques ont été opérées suite à des erreurs, puis annonce très rapidement que le deal est conclu. La diplomatie est passée par là...

Les délégués prennent ensuite la parole à tour de rôle. Tous soulignent, la nature historique de l’accord, mais aussi ses faiblesses et leurs doutes sur les moyens prévus pour sa mise en œuvre. Le travail ne fait que commencer.

Au nom des petits Etats insulaires des Caraïbes, le représentant de Sainte-Lucie soulignera ainsi que pour la première fois, leurs préoccupations ont été entendues. La clef du succès.

“C’est un petit marteau, mais qui peut faire des grandes choses.” Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, qui a présidé le sommet de Paris, était très ému au moment d’annoncer la conclusion de l’accord.

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