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08/01/2016

RDC : l’Asadho écrit une lettre ouverte au Président Kabila

RDC : l’Asadho écrit une lettre ouverte au Président Kabila  

Posté le:
 

ASADHO 

B.P.16737                 

KINSHASA 1

R.D. Congo

Association Africaine de Défense des Droits de l’Homme

AfricanAssociation for the Defense of Human Rights

Kinshasa,  le 06/Janvier /2016   

 Transmis copie pour information à :

-          Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale ;

-          Monsieur le Président du Sénat ;

-          Monsieur le  Procureur  Général de la République ;

-          Organisations des Droits de l’Homme (Toutes).

A Son Excellence  Monsieur Joseph KABILA

Président de la République Démocratique du Congo.

de et à KINSHASA.

Concerne :   Arbitrage  impartial de la vie politique.

Excellence  Monsieur le  Président de la République,

L’Association Africaine de défense des Droits de l’Homme, ASADHO en sigle, tient à vous féliciter pour votre discours adressé au peuple congolais à l’occasion de la présentation des vœux pour l’année 2016 et dans lequel vous avez rappelé que le bien-être du peuple congolais et le développement de la République Démocratique du Congo sont toujours des priorités fondamentales pour votre administration.

C’est encore ici l’occasion de vous féliciter pour votre discours sur l’état de la nation prononcé devant le Congrès en date du  14 décembre 2015 et lors duquel vous nous avez montré que la paix, la stabilité et le développement  de la République Démocratique du Congo sont au centre de vos préoccupations. Cette occasion vous a permis aussi de mettre en évidence la détermination  des institutions publiques, sous votre direction,  à s’attaquer à toute personne ou circonstance qui menacerait la paix et la stabilité de notre pays.

Entant qu’organisation dont le travail se focalise sur la promotion, la protection des Droits de l’Homme et le développement démocratique, nous considérons que vos préoccupations en matière de paix, de stabilité et de développement de la République Démocratique du Congo sont aussi les nôtres.

En revanche,  nous ne considérons  pas comme valeur démocratique le fait de proférer des menaces et de considérer tous ceux qui ne partagent pas les options (programmes, politiques, dialogue…) prises par votre administration comme des ennemis de la République ou des « comploteurs » dont les activités menaceraient la paix et la stabilité du Congo. 

Pour vous permettre de consolider l’œuvre de stabilisation et de développement  de la République, le peuple congolais vous a élu pour un deuxième et dernier mandat,  en 2011, comme Président de la République et vous a donné aussi une majorité confortable à l’Assemblée Nationale, faisant de vous «le chef de la majorité présidentielle actuelle », deux atouts majeurs pour changer positivement les conditions de vie des congolais.  Cela étant, il nous parait superflu de revenir sur  les conditions chaotiques dans lesquelles les élections de 2011 avaient eu lieu et les multiples atteintes aux droits fondamentaux perpétrées par les forces de sécurités à cette occasion.

Comme si ces deux atouts ne suffisaient pas, l’article 69 de notre Constitution vous confie un autre rôle particulièrement important et délicat  d’être l’arbitre impartial de la vie politique en République Démocratique du Congo.  Une position qui exige de vous équité et justice  à tous égards.

Une femme ou un homme, quelles que soient  son intelligence, sa compétence, sa sagesse et son  expérience ne peut pas remplir  ce rôle d’arbitre impartial tout seul, il doit s’entourer de personnes dont la capacité à juger et à  lire les signes du temps  doit être aiguisé par l’expérience et par un sens élevé à mettre  l’intérêt général au-dessus de leurs intérêts personnels et partisans

Sans oublier que la myopie et l’arrogance des personnes qui entourent l’arbitre peuvent être fatales tant pour l’arbitre que pour les autres parties intéressées. C’est ici que l’arbitre est appelé à faire attention aux personnes qui l’entourent.

Notons sur ce point que la prise de position de certains animateurs des institutions publiques et membres de votre famille politique sur la participation de quelques congolais à la conférence internationale sur les élections à Gorée, au Sénégal, nous ont vraiment  convaincu que le Président de la République est entouré de certains  femmes et hommes dont l’intégrité et la fiabilité peuvent être remises en cause.  Ils  ne peuvent donc  pas vous aider à bien arbitrer et à prendre de meilleures décisions.

Ils ont dit beaucoup de choses sur ce qui est aujourd’hui appelée «Affaire Gorée » sauf la vérité.  Tout a été orienté pour discréditer gratuitement  vos compatriotes qui n’ont rien fait de contraire aux lois de la République.

Un des communicateurs de la Majorité Présidentielle, Monsieur INDIA OMARI, intervenant sur les antennes de la Télé 50, est allé très  loin en déclarant qu’il est en possession d’un enregistrement ( vidéo ou autre ) des enseignements subversifs qui ont été dispensés aux participants à la conférence de Gorée. Graves déclarations  pour un homme qui communique au nom d’un des grands  regroupements politiques de notre pays. La justice qui aurait dû s’intéresser à Monsieur  INDIA OMARI  pour le contraindre à produire ledit enregistrement,  est restée inactive, alors que nous avons là,  la possibilité d’avoir une des preuves de premières mains pour asseoir la prétendue culpabilité des congolais qui étaient sur l’île de Gorée. 

Si au sein de la République, il y a des personnes qui ne doivent pas rendre compte de leurs actes/déclaration à la justice,   à cause de  leur appartenance à la Majorité Présidentielle,  nous considérons que l’avenir du Congo est incertain. 

Tant que notre justice ne fonctionnera pas de manière indépendante, juste et équitable, elle ne sera jamais un rempart pour la consolidation de notre jeune démocratie.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Dans la conjoncture actuelle où une partie de vos compatriotes refusent de prendre part  au dialogue ou pose des conditions pour y prendre part, nous nous imaginons la contrariété qu’une telle attitude vous pose.  Mais c’est précisément  en ce moment que vous êtes appelé à jouer avec tact  votre rôle d’arbitre impartial pour mettre ensemble ceux qui soutiennent le dialogue et ceux qui émettent des réserves.

Il se constate malheureusement que depuis que vous aviez lancé les consultations pour le dialogue à ce jour,  votre rôle  d’arbitre impartial est loin de s’affirmer dans les faits.

Dès lors, le sursaut républicain vous appelle à vous mettre au-dessus de nous tous, pour revêtir votre casquette d’arbitre impartial, surtout que la fin de votre deuxième et dernier mandat approche. N’étant pas candidat à l’élection présidentielle de 2016 du point de vue constitutionnel, vous avez là une position qui vous permet d’être la clef de voute pour trouver des solutions aux  problèmes qui opposent votre famille politique aux forces politiques et sociales opposées au dialogue...

Excellence Monsieur le Président de la République ;

L’impartialité exigée de l’arbitre que vous êtes  ne devrait pas dépendre de votre  bon vouloir, mais de votre capacité à respecter et à faire respecter les lois de la République, à traiter tous vos  compatriotes sur le même pied d’égalité, quelle que soit leur appartenance politique ou sociale, à coaliser avec tous les hommes et femmes qui défendent les valeurs républicaines pour la consolidation de la paix et de la démocratie en République Démocratique du Congo. Si votre arbitrage ne se base pas sur les principes énoncés ci-dessus, si vous nous jugez en fonction de votre bon vouloir,  si vous travaillez  pour favoriser  les membres de votre famille politique au dépend  des autres  congolais, vous n’êtes plus l’arbitre impartial dont nous avons besoin dans la conjoncture actuelle.

Ces principes vous appellent à décrisper la situation politique actuelle dans l’intérêt de la démocratie. Pour certains, la décrispation passe par la libération des prisonniers politiques et d’opinion qui croupissent encore dans nos prisons aujourd’hui. A l’ASADHO,  nous voyons aussi les choses de cette façon.  Si la libération des prisonniers qui vient d’être mise en œuvre peut s’étendre aux prisonniers politiques et d’opinion, Votre Excellence aura réalisé une œuvre utile. 

Excellence Monsieur le Président de la République,

A l’ASADHO, nous pensons  aussi que la vraie décrispation de la situation  politique viendra quand vous annoncerez que :

1° vous n’allez pas vous représenter pour un autre mandat à l’élection présidentielle prochaine ;

2° sous votre impulsion,  le gouvernement donnera à la CENI des moyens financiers pour organiser l’élection présidentielle dans le délai prévu par la Constitution.

Votre silence sur ces questions tient captifs les esprits de millions de congolais qui ne savent pas de quoi  demain sera fait.

Si vous nous fixez, vous-mêmes,  sur ces questions, vous verrez que les esprits de tous seront libérés. Mêmes ceux qui ont des réserves pour participer au dialogue, y viendront  avec empressement.

Enfin, contrairement à ce que beaucoup de gens disent,  le dialogue ne peut être une solution magique à la conjoncture politique actuelle que  s’il s’inscrit dans le cadre des prévisions constitutionnelles tant en ce qui concerne l’organisation de l’élection présidentielle dans le délai constitutionnel que pour le respect de la durée du mandat du président de la République.

Nous rappelons  que les décisions ou résolutions qui seront prises par les participants au dialogue ne peuvent avoir de force contraignante pour tous les congolais  que dans la mesure où elles s’aligneraient  sur le cadre politique déjà  défini  par la Constitution. Si, par contre les décisions ou résolutions du dialogue violent la Constitution, moralement, personne ne pourra être obligé de s’y soumettre.

Il est toujours possible que grâce aux forces de sécurité,  les résolutions du dialogue soient imposées de force au peuple comme cela est arrivé dans d’autres pays. Mais  dans l’histoire des nations, nous ne connaissons aucun roi, aucun dirigeant politique qui ait imposé des lois ou des décisions injustes ou violant la loi fondamentale  à son peuple éternellement. Le peuple finit toujours par se libérer. Raison pour laquelle l’utilisation des forces de sécurité contre un peuple doit faire l’objet d’une grande réflexion.

En ce moment, il nous parait que la paix, la stabilité et la sécurité de la République Démocratique du Congo dépendent principalement du respect de la Constitution et de l’organisation de l’élection présidentielle dans le délai constitutionnel.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Face à tout ce qui précède, il se dégage que vous êtes le personnage clef pour décider de ce que notre pays deviendra demain. Votre responsabilité dans la consolidation de la paix,  de la stabilité et de la démocratie  en République Démocratique du Congo est plus grande que celle de tout autre congolais en ce moment particulièrement difficile.

Nous restons convaincus que vous prendrez les meilleures décisions pour assurer un meilleur avenir à notre pays.

En tant qu’Organisation de Défense Droits de l’Homme, il est de notre devoir de partager avec vous nos  préoccupations pour que vous puissiez y apporter des solutions durables et conformes à nos lois.

Veuillez recevoir, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de nos sentiments de profond respect.

Pour l’ASADHO,

Me Jean Claude KATENDE

Président National





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