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31/01/2016

Edem Kodjo : « Le processus électoral en RDC n’a pas avancé depuis un an »

Edem Kodjo : « Le processus électoral en RDC n’a pas avancé depuis un an »

Par - envoyé spécial à Addis Abeba

Nommé facilitateur de l'Union africaine pour la RD Congo, le Togolais Edem Kodjo livre son analyse de la situation politique dans le pays, qui semble de plus en plus bloquée. Interview.

C’est ce qui s’appelle ramer à contre-courant. La majeure partie de de l’opposition refusant tout « dialogue » avec le pouvoir au sujet du calendrier électoral, Edem Kodjo n’a pas la partie facile.

L’ancien Premier ministre togolais est convaincu que seul le dialogue peut sortir le pays de l’impasse, mais l’opposition craint, elle, que le président Joseph Kabila ne s’en serve que dans le but de prolonger son ultime mandat constitutionnel.

De retour d’une mission à Kinshasa, Edem Kodjo a répondu aux questions de Jeune Afrique, en marge du sommet de l’Union africaine, à Addis-Abeba.

Vous revenez d’une visite à Kinshasa pour faciliter le dialogue politique dans ce pays. Quelle est la situation sur place ?

J’ai rencontré la plupart des acteurs : le président de la république, la Ceni [Commission électorale nationale indépendante], le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, le cardinal Monsengwo et tous les partis politiques à l’exception de ceux qui refusent catégoriquement le dialogue. Le MLC [Mouvement de libération du congo, parti de Jean-Pierre Bemba] est venu. Ses représentants m’ont dit : « nous ne voyons pas l’opportunité d’un autre dialogue ». J’ai répondu « vous avez peut-être raison. Mais il y a suffisamment de problèmes comme cela, il faut que vous veniez quand même ». Mon constat, c’est qu’un dialogue est nécessaire, sous une forme ou une autre.

Où en est le processus électoral ?

C’est le cœur du problème. L’UA m’avait déjà envoyé à Kinshasa en février 2015 pour une mission exploratoire. Un calendrier électoral venait d’être publié et déjà, certains le trouvaient trop chargé, avec un cycle de sept élections qui devait se terminer par la présidentielle et les législatives.

Depuis, la situation s’est aggravée. De nombreuses questions n’ont pas été résolues : faut-il revoir complètement le fichier électoral, qui date de Mathusalem, ou seulement partiellement ? Que fait-on des six à huit millions de jeunes Congolais qui ont atteint la majorité ? Et comment va-t-on financer ces scrutins ? Un an après ma précédente visite à Kinshasa, j’ai retrouvé tous ces problèmes entiers.

Evidemment, plus le temps passe, plus la tension est perceptible. Mais les hommes et femmes de bonne volonté doivent tout mettre en œuvre pour éviter que ce pays ne glisse une nouvelle fois dans la violence.

Le fameux « glissement » du calendrier électoral, que redoute l’opposition, peut-il encore être évité ?

Il faut interroger les experts électoraux. L’Organisation internationale de la francophonie (OIF) a dépêché le général Sangaré pour étudier le fichier électoral. On a recensé et éliminé des doublons. Nous aurions intérêt à faire venir de nouvelles missions de ce genre pour déterminer ce qui peut être fait dans les temps. Mieux vaut opérer ainsi que de procéder par des procès d’intention… D’ailleurs nous sommes suffisamment lucides pour voir si quelqu’un cherche à nous jouer un vilain tour.

Justement : le président Kabila vous a-t-il donné le sentiment de vouloir quitter le pouvoir dans les délais constitutionnels ?

Il m’a donné l’impression d’être très soucieux de régler les problèmes électoraux. Sans doute se demande-t-il aussi : « Que se passerait-il si on ne parvenait pas à accomplir nos tâches ? ». Mais il ne m’a pas fait d’autres confidences…

Que répondez-vous à ceux qui, dans l’opposition, estiment que vos consultations font perdre davantage de temps ?

Mais beaucoup de temps avait déjà été perdu avant mon intervention. Maintenant on essaie justement de mettre les bouchées doubles. Au contraire, ce sont les réticences à participer à un dialogue qui favorisent le statu quo et font perdre du temps.

Etienne Tshisekedi vous a écrit une lettre pour refuser le dialogue tel que souhaité par le président Kabila… Est-ce que cela le rend caduc ?

J’ai rencontré des délégations venues de son parti. Elles ne m’ont pas semblé radicalement opposées à toute idée de dialogue. Mais je leur promis d’aller voir Etienne Tshisekedi à Bruxelles. Je vais le faire dès la fin du Sommet de l’UA. Je prendrai très au sérieux ce qu’il me dira. Vous savez, la seule chose que je recherche, dans cette histoire, c’est l’intérêt du Congo et de l’Afrique. J’ai des amis dans l’opposition. C’est connu.

Certains ont vu dans cette facilitation un coup de pouce de la famille Zuma en faveur de Kabila, dont elle est réputée proche. Qu’en pensez-vous ?

J’ai entendu ça. Est-ce que quelqu’un qui assume des fonctions telles que celles de Madame Dlamini-Zuma peut être perméable à ce genre de choses ? Je crois qu’en tant que bonne Africaine, elle se pose des questions sur la stabilité d’un pays important, de surcroît membre de la SADC, sa propre région… Comment voulez-vous qu’elle ne soit pas préoccupée par la situation ? Je n’accorde aucune importance à ces spéculations. Il y a des problèmes réels aujourd’hui en RD Congo. C’est ce qu’il faut résoudre au lieu de se perdre dans des procès d’intention.

Pierre Boisselet

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