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04/02/2016

Mende déplore un "climat de suspicion"

Mende déplore un "climat de suspicion"  


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Mercredi 3 février, le ministre de la Communication et médias, Lambert Mende Omalanga, s’est livré à son "show" habituel devant quelques journalistes kinois. Le porte-parole du gouvernement est apparu moins flamboyant qu’à son habitude. Au lieu d’attaquer, il a semblé sur la défensive critiquant, tour à tour, la "suspicion" qui s’installe dans les esprits à l’égard de "Joseph Kabila" et la "polémique sur le délai constitutionnel". Lors du jeu de questions réponses, certains confrères réprimaient un sourire sarcastique. Un langage non verbal qui sous-entend que l’orateur peinait à convaincre.

Dans un précédent article, Congo Indépendant a fait état de l’ambiance déprimante qui règne au pays où le temps semble suspendu sur deux mots : "le dialogue". Les spectateurs de la télévision nationale (RTNC) sont "gavés", au quotidien, des messages de propagande exhortant les Congolais à participer à ce forum aux contours nébuleux. Le pays est quasiment coupé en deux. D’un côté, les partisans du dialogue. De l’autre, les opposants à ce même dialogue que le secrétaire général du PPRD Henri Mova Sakanyi qualifient d’"ennemis de la République". 
Lors du point de presse qu’il a animé, mercredi, le ministre Mende dissimulait mal un certain doute. Ses rires malicieux ne trompaient personne. Il faut cependant être naïf pour prétendre que la majorité présidentielle (MP) n’est plus habitée par ses certitudes. Mende a sans doute pris la mesure du fossé de méfiance qui sépare les gouvernés et les gouvernants. 
Il a évoqué trois points : le point de vue du gouvernement sur une certaine confusion autour du processus électoral; le XXVIème sommet de l’Union africaine et la polémique sur la coopération entre la Monusco et les FARDC. On va s’attarder sur le premier point.
"Contestation systématique"
Mende de lancer en liminaire que "depuis un certain temps, des acteurs politiques et sociaux se complaisent dans une posture de contestation systématique" en s’en prenant "sans vergogne aux institutions de la République". A savoir, "Joseph Kabila", le Parlement, le gouvernement et la CENI (Commission électorale nationale indépendante). Il poursuit dans le style qu’il affectionne : "Les institutions font chaque jour face à une kyrielle d’injonctions, d’ultimatums, même des oukases de la part des groupes de compatriotes sans offres politiques alternatives visibles et crédibles dont certains dissimulent leur insignifiance derrière le paravent des coalitions purement fictives, des organisations pour la plupart inexistantes". "Nous avons vérifié", murmure-t-il. 

Lambert Mende fait allusion notamment - si pas essentiellement - à la déclaration publiée le 19 décembre dernier, simultanément à Kinshasa et à Bruxelles, par la coalition dite "Front Citoyen 2016". Celle-ci regroupe, comme on le sait, plusieurs partis de l’opposition, des activistes de la société civile et des personnalités politiques. C’était à l’issue d’un séminaire organisé à l’île de Gorée, au Sénégal, par la Fondation Konrad Adenauer sur le thème : "Les défis et enjeux des processus électoraux en Afrique Subsaharienne". 

Dans cette déclaration, le "Front" exige le "déblocage du processus électoral" par la publication "au 31 janvier 2016" d’un calendrier électoral "respectant le délai constitutionnel pour l’élection du prochain Président" et le "démarrage de la mise à jour du fichier électoral au plus tard le 10 février 2016". 

On rappelle l’émotion suscitée par ce colloque tenu à l’île de Gorée. Colloque qui a été qualifié de "séminaire d’endoctrinement" dans une "Note" rédigée par le chef barbouze Kalev Mutondo. Celui-ci y voyait la main des "parrains étrangers" décidés à "déstabiliser" le pays "en instrumentalisant les politiciens congolais et la société civile pour pousser la jeunesse congolaise à l’insurrection".
Pour Mende, la CENI serait dans le "collimateur" de ces acteurs qui seraient habités, selon lui, par une "obsession fétichiste autour des délais et des dates de scrutins, le fameux délai constitutionnel". Et de rappeler que "la CENI a été déclarée indépendante par la Constitution en son article 211" et la loi organique y afférente. "Toute tentative de limiter l’indépendance de la CENI est anticonstitutionnelle et illégal et ne favorise pas la sérénité et la paix civile".
Lambert Mende sait qu’aucun citoyen de ce pays ne croit un seul instant à la prétendue indépendance de la CENI dont le président, Corneille Nangaa, le vice-président, Basengezi Kantitima et le Questeur Rosette Mwenze Kisonga sont d’"éminents" membres de la MP. Les circonstances floues ayant entouré la "démission" d’Apollinaire Malumalu autant que celle de son numéro deux, André Mpungwe Songo, ont confirmé l’emprise de la Présidence de la République sur cette institution d’appui à la démocratie. Ayant compris l’enjeu, Etienne Tshisekedi wa Mulumba a inscrit la "restructuration" de celle-ci parmi les exigences contenues dans sa "feuille de route" publiée le 25 février 2015.
"Climat de suspicion"
C’est ici que le ministre Mende décide de déclamer son message principal : "Il n’échappe à personne de bon sens qu’il ne suffit pas d’organiser des élections à une date déterminée pour que celles-ci soient fiables, démocratiques et transparentes". Il égrène, dans la foulée, les contraintes logistiques, financières, techniques et financières qui "pèsent", selon lui, "sur la fiabilité de notre processus électoral de 2016". "Il est, dès lors, impérieux, enchaîne-t-il, que les Congolais se donnent l’occasion d’en parler afin de dégager un ’consensus’ sur les réponses adéquates à donner aux dites contraintes". Des contraintes que les représentants des forces politiques et sociales proches de l’opposition considèrent qu’elles ont été montées de toute pièce par le pouvoir afin de justifier l’injustifiable. 

Mende de glisser comme si de rien n’était que "quelques forces négatives résiduelles de l’Est" ont exprimé le souhait de participer au dialogue. Le gouvernement les a invitées "à déposer les armes" avant qu’une suite favorable ne leur soit réservée. Des propos irresponsables assimilables à une prime à l’impunité. "Joseph Kabila" et son gouvernement font ainsi des aveux selon lesquels certaines bandes armées sont contrôlées par le pouvoir depuis Kinshasa. 

"Lambert" a terminé son point de presse en déplorant le "climat de suspicion" qui règne dans le pays. "C’est un climat à éradiquer", dit-il. Au motif qu’"il donne une image négative du pays". 

Sur un ton désenchanté, il lance : Nous sommes peut-être le seul pays au monde où les plus hautes autorités de l’Etat sont systématiquement mises en cause chaque fois qu’un acteur de l’opposition éternue, attrape une grippe ou est victime d’un accident de la route, c’est toujours le Président qui a voulu le tuer". Et d’ajouter: " Et même quand on a un accident de circulation avec un minibus plein de passager...".

Mende fait une allusion à l’accident de circulation qu’a eu Moïse Katumbi Chapwe avec un minibus qui ne transportait aucun passager. Selon des témoins à Lubumbashi, ce dernier véhicule a foncé délibérément sur le 4X4 conduit par l’ancien gouverneur du Katanga. 

Lors du jeu de questions réponses, Mende est resté dans sa logique en déclarant qu’il n’y aura pas de "vide au sommet de l’Etat" dans le cas où l’élection présidentielle n’avait pas lieu "90 jours" avant l’expiration du mandat du chef de l’Etat en exercice. Devrait-on conclure qu’après le 19 décembre 2016 = avant le 19 décembre 2016? L’avenir le dire...

(  Congoindependant



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