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23/02/2016

RD Congo : Éric de Lamotte, l’entrepreneur belge qui voulait ressusciter Goma

RD Congo : Éric de Lamotte, l’entrepreneur belge qui voulait ressusciter Goma

Proche de la première dame, Olive Lembe, comme de certains militants d’opposition, le Belge Éric de Lamotte investit une grande partie de son temps et de son argent dans la cité martyre de l’Est congolais.

Sur les chaises en plastique de la tribune officielle, Éric de Lamotte est assis à une place de choix, entre le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, et deux ministres venus de Kinshasa. Au festival Amani (paix en swahili) de Goma, cet entrepreneur de 59 ans est un peu chez lui. Cet événement, qu’il parcoure chaque année – sourire aux lèvres et tapes dans le dos pour tout le monde – c’est son bébé. En trois ans, il a fait de ce rassemblement humanitaro-culturel un rendez-vous emblématique de la ville. Au point que cette année, même la télévision d’État, la RTNC, l’a couvert.

Hyperactif, Éric de Lamotte ne tient longtemps en place aux côtés des officiels. Le voici qui franchit la barrière de sécurité pour se mêler aux quelque 10 000 spectateurs, dans une foule compacte et populaire, sautillant dans son costume au rythme du Ndombolo de la star congolaise Werrason.

Sous les bombes

En 2013, déjà, cet entrepreneur atypique avait tenté d’organiser la première édition du festival, alors que la guerre contre la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23) faisait encore rage à quelques de kilomètres de là. « Tout était prêt, mais des bombes sont tombés sur Goma, se souvient-il, grisé par son audace. Nous avons dû reporter à la dernière minute. »

Ce festival suffirait à en faire un homme influent dans la région. Mais ses activités vont bien au-delà. Son association « En avant les enfants », fondée en 1994, a de multiples projets, de la gestion d’une plantation de café à un centre d’accueil pour personnes âgées, en passant un atelier de broderie de luxe. Parmi les donateurs, la première dame congolaise, Olive Lembe. Mais la maison des jeunes – un autre de ses projets – est aussi un lieu de rassemblement très prisé par des militants d’opposition…

De quoi forcer Éric de Lamotte à un jeu d’équilibriste. Le festival Amani se veut, par exemple, strictement apolitique et areligieux, au point de refuser de s’exprimer surl’arrestation d’anciens bénévoles pour leurs activités militantes. « Je suis pour le changement par le dialogue. Pas pour la révolution », lâche-t-il.

Atteint du « virus de Goma »

Alors, pourquoi tant de sollicitude pour cette ville ? Eric de Lamotte affirme être atteint du « virus de Goma ». « Tous ceux qui découvrent cette région veulent revenir ! » s’enthousiasme-t-il. Sa première fois, c’était dans les années 1980. Fraîchement diplômé de HEC Liège, il est recruté par la Banque commerciale du Zaïre (BCZ). Entre 1984 et 1990, il est successivement muté à Lubumbashi, Kolwezi, Kinshasa et enfin Goma, où il reste plus longuement et se marie.

Quand il quitte cette ville, elle est encore la capitale touristique du pays. Le président Mobutu et toute l’élite viennent y profiter de la quiétude du lac Kivu et de la fraîcheur du climat. Mais, en 1994, les réfugiés rwandais, parmi lesquels nombre de génocidaires, affluent par centaines de milliers. C’est le début de deux décennies de guerres pour la région. « Quand on m’a dit ce qu’il se passait ici, avec des orphelins dans les rues, je me suis dit : il faut faire quelque chose. C’est comme ça que j’ai lancé ‘En avant les enfants’. »

Mélange des genres ?

Mais Éric de Lamotte compte aussi gagner de l’argent au Congo. Avec Michel Verwilghen et d’autres financiers belges, il a fondé la Smico, une banque spécialisée dans le microcrédit (de 1000 à 50000 dollars par prêt tout de même) implanté à Goma, Bukavu, Uvira, et bientôt Bunia.

Les deux hommes ont aussi fondé Kivu Travel, une petite agence de tourisme (plusieurs centaines de clients par an, principalement belges) qui se veut responsable. Les voyageurs sont ainsi invités à reverser 10 dollars par jour à l’un des projets humanitaires… de son association.

Mélange des genres, diront les plus critiques. Le festival Amani, dont l’un des objectifs assumé est de changer l’image de la région, ne contribue-t-il pas indirectement au succès de Kivu Travel ? « Franchement, mes intérêts ici ne représentent pas grand-chose », jure-t-il.

Accueilli à bras ouverts

Ses activités en Belgique, où il a été successivement directeur financier, administrateur de société et investisseur, dans le domaine des nouvelles technologies, ont sans doute été autrement plus lucratives. Au Nord-Kivu, région qui effraie encore les investisseurs étrangers, il est en tout cas accueilli les bras ouverts. « L’économie de la région dépend principalement l’ONU et les ONGs. Il lui faut une activité durable. C’est pour cela que nous avons décidé d’encourager les entrepreneurs ».

En marge du festival Amani, quatre prêts de 1000 dollars chacun ont été accordés à de jeunes entrepreneurs. Mais à en croire Éric de Lamotte, il leur faudra s’armer de courage pour s’en sortir. « Ici, nous avons affaire à un nombre considérable de services de l’État qui réclament des taxes, déplore-t-il. Cela empêche le décollage économique de la région. » Comme quoi, on peut être non partisan et avoir des convictions.

Pierre Boisselet
 
 

 

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