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25/02/2018

Les raisons du bras-de-fer diplomatique entre la Belgique et la RDC

 

Les raisons du bras-de-fer diplomatique entre la Belgique et la RDC

mediaScène de rue à Kinshasa (photo d'illustration).Michael Gottschalk/Getty Images

La tension diplomatique entre la RDC et Bruxelles est à son comble. Elle couvait depuis des mois, Kinshasa dénonçant régulièrement l’ « ingérence » de Bruxelles, et appréciant de moins en moins les critiques formulées par la Belgique sur la situation politique du pays. Mais la crise a pris une autre tournure depuis que Kinshasa a demandé la fermeture de la maison Schengen et de l’agence de coopération belge Enabel, pour protester après que Bruxelles ait annoncé le 10 janvier la réaffectation d'une partie de son aide bilatérale à des projets humanitaires, au vu de la crise politique actuelle. Et en particulier de la répression des marches des laïcs. Le décryptage de RFI.

Peut-on vraiment parler de sanctions belges ?

Côté belge, il n'est pas tout à fait correct de parler de sanctions. La Belgique n’a pas annoncé une rupture de ses relations. Elle a décidé de réaffecter 25 millions d’euros qui devaient servir à des projets de coopération vers des organismes humanitaires ou de la société civile. Ces 25 millions ne représentaient qu’un quart de l’aide gouvernementale qui devait aller à des projets qui n’avaient pas débuté. Mais une fois réaffecté, cet argent devait bénéficier aux populations congolaises. Bien sûr, il y a tout de même un message politique fort derrière cette décision qui est de dire que les conditions pour engager de l’aide bilatérale n’étaient pas bonnes, vu la crise politique actuelle et vu aussi la crise humanitaire en RDC. Plutôt que de financer des projets aux côtés des autorités dont la Belgique ne veut pas cautionner l’action, les Belges préfèrent soutenir la population, notamment à travers la société civile.

Quelles peuvent être les conséquences socioéconomiques de ce coup de froid entre Bruxelles et Kinshasa ?

Ce que disent les Belges, c’est que les premiers concernés sont la population congolaise qui se retrouve en quelque sorte « punie ». Pour ce qui concerne la fermeture de Enabel, l’agence de coopération, 300 emplois sont en jeu dont une quarantaine d’expatriés selon l’ambassade. Les autres employés sont Congolais. Le budget des projets en cours qui sont suspendus s'élève à 70 millions d’euros.

Pour la Belgique, la RDC représente historiquement un pays prioritaire d’intervention. Pour la RDC, il faut voir les choses à l’échelle du budget congolais, à hauteur de 5 milliards d'euros en 2018. La Belgique est un partenaire intermédiaire du pays, dans le peloton de tête, mais derrière la Banque mondiale par exemple ou d’autres pays comme la Grande-Bretagne. Des effets sociaux pourront se faire sentir, principalement dans le secteur de l’agriculture et celui de la santé publique, un secteur très fragile.

Quelles sont les conséquences de la fermeture de la Maison Schengen ?

La fermeture de la Maison Schengen a eu un effet immédiat sur le nombre de voyageurs vers l’Europe. On ne dispose pas encore de chiffres précis, mais Air France a constaté une baisse de fréquentation. La maison Schengen, c’est 25 000 visas par an dont plus des deux tiers vers la France et la Belgique. C’est aussi un frein aux relations économiques et culturelles. On pense à tous ces artistes congolais qui ne peuvent plus se rendre en France ou en Belgique. Il y a aussi un volet humanitaire, pour des gens qui ont besoin de soins. Aux premiers jours de la fermeture, on a pu voir des familles désemparées qui cherchaient une solution pour aller faire soigner leurs proches dans un environnement francophone.

Cela menace-t-il les intérêts de la Belgique, sachant que par exemple la fréquence des vols de Bruxelles Airlines a aussi été réduite ?

Bruxelles Airlines est désormais une filiale de la Lufthansa, donc la baisse des recettes touche des capitaux allemands. Il y a des Belges détenteurs de sociétés privées en RDC mais qui n’ont pas de lien économique direct avec le gouvernement belge. Il n'y a pas d'importance stratégique pour aucun secteur de l’économie belge.

Quelles sont les conditions posées par la Belgique pour la levée des sanctions et la fin des tensions ?

Ce n’est pas exactement comme cela que se pose le débat, car encore une fois la Belgique refuse le terme de « sanctions ». On voit aussi que la Belgique est plutôt dans l’optique de vouloir éviter l’escalade vers un conflit bilatéral, ce qui peut aussi être perçu comme une stratégie de Kinshasa pour faire oublier que la vraie crise est interne au pays. Ensuite, peu de monde à Bruxelles et dans l’UE ne s’attendait à ce que Kinshasa annonce en retour des mesures aussi radicales. Sur le fond, la Belgique dit à la RDC que la répression des manifestations n’est pas une solution, qu'il faut appliquer l’accord de la Saint-Sylvestre, que les besoins et les droits fondamentaux de la population doivent être pris en compte, et que « l'on aille vers des élections crédibles ». La Belgique rappelle aussi que c’est un accord signé entre Congolais et non pas un accord imposé de l’extérieur.

La RDC pose ses conditions, est-ce la fin de la brouille ?

Pour Kinshasa, les racines de la colère remontent loin. Cela fait un moment que Bruxelles est accusée pêle-mêle de « sponsoriser » l’opposition congolaise en lui offrant des visas pour se réunir, de faire des déclarations intempestives et de le faire non pas par voie diplomatique, mais par voie de presse. « On ne fait pas la diplomatie par tweet ou par mégaphone » disent les Congolais qui accusent aussi les Belges de faire preuve d'« activisme » dans le processus de sanctions au niveau européen. Seize personnalités congolaises sont sous sanctions dont de nombreux officiels. C'est tout cela que Kinshasa aimerait voir cesser et met dans la balance. Il y a aussi une discussion qui avait été entamée sur l’utilisation de l’aide belge. Il était question de tout remettre à plat. Et cette annonce des Belges a précipité les choses. Mais ce n’est pas le fond du problème.

Techniquement, où en sont les discussions ?

Difficile à dire, car côté Belge en tout cas c’est la plus grande discrétion. Il a fallu que Charles Michel, le Premier ministre, appelle le président Kabila en personne pour un début de décrispation. Les deux hommes s’entendent bien. Cela a permis qu’une délégation de représentants belges se rendent à Kinshasa il y a une dizaine de jours. Il y a aussi eu des échanges téléphoniques au niveau ministériel. Des propositions ont été faites, mais d’après le peu qui a filtré, les choses sont loin d’être réglées à ce stade.

Côté congolais, on estime que les Belges n’ont pas encore pris la mesure de la crise. Pour la maison Schengen, par exemple, parmi les pistes qui seraient envisagées, il serait question de confier la maison à un autre pays. Au sein de l’UE, certains semblent l’envisager, mais d’autres disent que c’est exclu, en vertu d’un principe de solidarité. Et puis ce n’est pas à l’Union européenne de proposer aux Congolais une solution. La sortie de la crise n'est pas pour maintenant.

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