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21/07/2016

RDC : Matungulu épingle une société malade de son économie et de son élite

RDC : Matungulu épingle une société malade de son économie et de son élite

matunguluFreddy Matungulu Mbuyamu Ilankir, patron du méga-ministère de l’Economie, des Finances et du Budget entre avril 2001 et février 2003, dans le tout premier gouvernement formé par Joseph Kabila, peu après son avènement au pouvoir en janvier 2001, vient de se rappeler à la mémoire collective congolaise à travers une « Tribune » publiée par Jeune Afrique. Ce professeur d’universités et économiste bien connu des expertsdes institutions de Brettons Wood, vivant dans aux Etats-Unis d’Amérique, ne se montre pas du tout tendre vis-à-vis des animateurs des institutions en place à Kinshasa.

Il dénonce, en termes virulents, l’émergence « d’une société malade de son économie et de son élite ». Cette personnalité qui avait démissionné bruyamment de son poste au moment où son aura paraissait au top, dans une équipe gouvernementale où les « vertébrés » étaient à compter sur les doigts, se veut le porte-voix des sans-voix : « J’accuse et je crie ma révolte au nom de tous les Congolais de la majorité silencieuse, de ces compatriotes méritants, indignés et déçus , qui ne comprennent plus ce qui se passe chez nous en République Démocratique du Congo et sont à la recherche légitime de nouvelles façons d’être, d’agir, et d’exister… ».

Patriote à ses heures perdues, malgré son éloignement géographique de la terre nationale, Freddy Matungulu soutient qu’il entend, par sa révolte « honorer la mémoire de toutes les victimes de la tragédie congolaise, de même que la bravoure de ses compatriotes de grande valeur, d’hier et d’aujourd’hui, qui ont excellé dans leurs domaines professionnels ou ont dit non à la compromission pour que vive la nation congolaise, de Kasumbalesa à Gbadolite, et de Boma à Aru, en passant par Kinshasa et Goma ».

Au vu des mœurs politiques peu orthodoxes et de la prostitution de la science par l’élite nationale, l’ancien ministre de l’Economie, des Finances et du Budget désespère de l’émergence d’un Congo plus beau qu’avant. Ce paradis qui avait tant fait rêver les pères de l’indépendance ne fait que s’éloigner au jour le jour, regrette, très amer, Freddy Matungulu. Et de poursuivre : « Je dénonce la destruction de notre nation par ceux qui transforment l’homme congolais en être passif, malléable et corvéable à souhait, privé du sentiment d’avoir de la valeur… Je dénonce ce débat faux et anachronique sur la révision et le référendum constitutionnels, référendum que leurs Excellences n’auraient jamais osé envisager si le principe d’un scrutin transparent et équitable était acquis ».

Revenant sur le sommet de la pyramide en RDC, l’ancien élève du FMI et de la Banque Mondiale crie son ras le bol : « Je dénonce cette élite intellectuelle et politique qui affectionne les titres d’Honorable et d’Excellence, mais qui, chaque jour, se déshonore en excellant dans toutes les vilainies, absolument toutes, pour parvenir au sommet  d’une hiérarchie sociale devenue nauséabonde ou s’y maintenir à tout prix, en entretenant la détresse et la déshumanisation de notre société désemparée ».

Dans sa peau de libre penseur s’exprimant à haute voix, Matungulu a tenu à dire quatre vérités aux «dignitaires» de la République : « je dénonce ces dirigeants politiques qui, après avoir exclu le peuple du processus de désignation de ses représentants, mettent toute leur énergie à vanter une croissance économique sans pain pour l’homme de la rue, dont ils sont en réalité les seuls vrais bénéficiaires visibles ».

Comme par hasard, ses critiques interviennent dans un contexte fort particulier, celui de la prolongation ou non des mandats des Chefs d’Etat ayant épuisé leur quota en la matière, et son corollaire, celui de la révision ou non des textes constitutionnels régissant certains pays d’Afrique. Vu sous cet angle, certains analystes politiques pourraient être tentés de placer Freddy Matungulu dans la corbeille des compatriotes totalement acquis à la cause de l’alternance politique fondée sur la passation des pouvoirs entre les gouvernants actuels et les candidats à leur succession. D’autres pourraient le soupçonner de vouloir se positionner en sauveur de la patrie. Mais sa « peinture » de la classe politique congolaise, au regard des réalités sociales et politiques de l’heure, n’est pas loin d’une réalité que certains refusent deregarder en face. A deux ans de la fin de la mandature actuelle, ses critiques pourraient aider à changer, en bien, un certain nombre de choses, surtout dans le domaine social. La misère des masses, on ne le dira jamais assez, a toujours constitué « l’opposition naturelle » aux tenants des pouvoirs.

Kimp

20/07/2016

Partisan du boycott du dialogue : Kamerhe lâche Eve Bazaiba

Partisan du boycott du dialogue : Kamerhe lâche Eve Bazaiba

 
 

kamerheGrand absent du Conclave de l’Opposition à Genval, en Belgique, et chaud partisan du boycott du dialogue, Vital Kamerhe vient de lâcher Eve Bazaiba, avec laquelle il faisait chorus pour accuser ceux qui avaient répondu à l’invitation d’Etienne Tshisekedi, initiateur de ce forum, de faire le jeu du pouvoir. Tout Kinshasa a constaté que, depuis plus d’un mois, le président de l’UNC (Union pour la Nation Congolaise) et la Secrétaire générale du MLC (Mouvement de Libération du Congo) étaient devenus des alliés inséparables dans le rejet des résolutions du Conclave de Genval, au terme duquel a germé de la terre une nouvelle plate-forme de l’Opposition baptisée « Rassemblement pour la Défense des Valeurs de la République ».

On se souvient que dans plusieurs communiqués remis aux médias, Eve Bazaiba, revendiquant la casquette de Modératrice de la Dynamique, posait, entre autres préalables à l’adhésion de cette plate-forme aux résolutions du Conclave de Genval, l’élaboration d’un Règlement intérieur devant régir le fonctionnement du Rassemblement pour la Défense des Valeurs de la République.

Alors qu’on s’attendait à ce que Vital Kamerhe continue de faire cavalier seul, après avoir été de nouveau pointé absent à la rencontre entre l’Opposition et le Groupe de Soutien de l’Union Africaine à la Facilitation du Dialogue, voici une quinzaine de jours à Bruxelles, et à celle du lundi 18 juillet 2016 entre des délégués du Rassemblement pour la Défense des Valeurs de la République, conduits par Etienne Tshisekedi au Quai d’Orsay, à Paris, et un panel des représentants de la communauté internationale dans les Grands Lacs, il a créé la
surprise hier mardi 19 juillet.

En effet, celui qui se prenait jusque-là pour le dur des durs de la Dynamique, a choisi d’adhérer à l’agenda de l’Opposition pro-dialogue et notamment de participer au meeting du 31 juillet 2016 annoncé par cette famille politique pour vulgariser auprès des masses les
conclusions du Conclave de Genval et leur communiquer le programme des actions à mener dans l’immédiat pour obtenir un dialogue inclusif et barrer la route au « glissement » qui se profile à l’horizon.

A en croire Vital Kamerhe et ses proches collaborateurs de l’UNC ainsi que des partis qui leur étaient restés fidèles au sein de la Dynamique, ils ont décidé de se joindre à Etienne Tshisekedi et ses compagnons de l’épopée de Genval parce qu’ils partagent leur combat
visant la tenue d’un dialogue inclusif fondé sur la lettre et l’esprit de la Résolution 2277 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, le respect de la Constitution, l’alternance démocratique au sommet de l’Etat, etc.

Ainsi donc, que Vital Kamerhe soit toléré ou boudé par les
participants au Conclave de Genval, il compte amener ses militants au
meeting du dimanche 31 juillet 2016 et faire flotter le drapeau de
l’UNC sur le terrain compris entre le boulevard Triomphal et l’avenue
de l’Enseignement, site choisi pour cette grande matinée politique.
D’aucuns pensent que l’aura international qui rejaillit désormais sur
Etienne Tshisekedi et tous les opposants qui avaient souscrit au
schéma de Genval doit avoir été pour beaucoup dans l’assouplissement
de la position du président de l’UNC.
Ce qui reste à connaître, c’est le sort d’Eve Bazaiba et le MLC, plus
que jamais isolés sur la scène politique de Kinshasa. La représentante
de Jean-Pierre Bemba au sein de l’Opposition va-t-elle persister dans
sa « rébellion » contre le Rassemblement pour la Défense des Valeurs
de la République ou s’aviser à faire profil bas et amende honorable ?
La question reste posée.                Kimp

États-Unis : Larry Mitchell, l’Africain-Américain qui demande aux racistes de financer son retour en Afrique

États-Unis : Larry Mitchell, l’Africain-Américain qui demande aux racistes de financer son retour en Afrique

 

Lassé par les messages racistes dont la communauté africaine-américaine fait régulièrement l'objet, Larry Mitchell a fait appel à la "solidarité" des personnes qui souhaitent son départ des États-Unis pour financer son retour en Afrique. Un message emprunt d'une ironie provocatrice qui a fait mouche.

C’est un message qu’il a entendu toute sa vie : « Go back to Africa », ou « Retourne en Afrique » dans sa version française. Un slogan tristement célèbre dans la communauté africaine-américaine où il se fait entendre quotidiennement de la part des (nombreux) racistes américains. Face à cette violence verbale, Larry Mitchell, un chef-cuisinier de l’Indiana, a trouvé une réponse pour le moins originale, puisqu’il a lancé une campagne de financement participatif baptisée « Send me back to Africa », soit « renvoyez moi en Afrique » sur le site gofundme.com.

Une démarche résolument ironique et provocatrice, comme la description du projet le laisse rapidement deviner : « Si vous voulez que je retourne en Afrique, je le ferai avec plaisir, vous pouvez aider à ce que votre rêve et le mien se réalisent. J’accepte tous les dons, qu’ils viennent du Ku Klux Klan, des Skin Heads ou de quiconque partageant les mêmes opinions. Que Dieu vous bénisse, vous et l’Amérique. » L’annonce, déjà caustique, est conclue par le hashtag #putyourmoneywhereyourhateis, soit investissez votre argent dans votre haine.

Un racisme omniprésent dans la société

Autant dire qu’aux États-Unis, où les bavures policières à l’encontre des Africains-américains et les déclarations tapageuses de Donald Trump font resurgir laquestion raciale dans le débat public, le message de Larry Mitchell n’est pas passé inaperçu. Son projet de crowdfunding a été partagé plus de 31 000 fois sur Facebook, et si Larry Mitchell a volontairement fixé un objectif très élevé (100 000$), il a déjà récolté 1 400$ en dix jours. Sans compter que le renommé Washington Post lui a consacré un article dans lequel on apprend que le cuistot vit à Kokomo, une petite ville de l’Indiana de 58 000 habitants, dont 83% sont des Blancs.

Larry Mitchell affirme y vivre une existence paisible, sauf quand le racisme vomit sa haine : « Après un combat de Floyd Mayweather ou une victoire de Serena Williams, je vois des ‘rentrez en Afrique’ fleurir sur le Net », dit-il. Sur le Net, mais aussi lors des réunions politiques, comme en mars dernier, lorsque le collectif « Black Lives Matter » s’était invité à un meeting de Donald Trump, provoquant les huées de la foule et les habituels cris « Go back to Africa ».

Historiquement, l’Indiana où vit Larry Mitchell est l’un des États américains où les tensions raciales ont été les plus violentes et les agressions contre les Africains-Américains les plus meurtrières. Le New York Times rapporte que cet État du Midwest comptait le plus de membres du Ku Klux Klan rapporté à sa population dans les années 20. Et c’est à Kokomo, la ville de Larry Mitchell, qu’eut lieu en 1923 l’un des plus grands rassemblements de l’histoire du KKK.

Le slogan « Go back to Africa » est ancré depuis des siècles dans la culture américaine. C’est un des premiers président du pays, Thomas Jefferson, qui l’aurait utilisé dès 1714, affirme une revue spécialisée, (The Journal of Negro History). Repris par les suprémacistes blancs, il a aussi été détourné par Marcus Garvey, l’une des grandes figures du panafricanisme du début du XXe siècle aux États-Unis. Ce dernier défendait en effet la théorie selon laquelle les Noirs américains devaient retourner en Afrique pour gagner leur liberté. Un siècle plus tard, c’est un bel hommage que lui rend Larry Mitchell.

Barthélémy Gaillard