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20/01/2017

Accord en RD Congo : qui sont les gagnants et les perdants ?

DOSSIER

"Cet article est issu du dossier" «RD Congo : un nouveau départ»

Accord en RD Congo : qui sont les gagnants et les perdants ?

Si la quasi-totalité des politiques congolais sont tombés d’accord le 31 décembre 2016, tous ne tirent pas les mêmes bénéfices de ce compromis, notamment en vue de la présidentielle.

Martin Fayulu, bien placé dans la course

GAGNANT

Avec Vital Kamerhe, le député de 60 ans s’est longtemps disputé le leadership de la plateforme Dynamique de l’opposition, l’un des principaux regroupements politiques de RD Congo. Mais alors que le premier a boudé le Rassemblement formé autour d’Étienne Tshisekedi et de Moïse Katumbi, lui préférant le dialogue mené par Edem Kodjo jusqu’en octobre, le second a effectué un chemin totalement inverse.

Stratégie gagnante pour le président de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECiDé) puisque les résolutions des premières négociations ont fait long feu, au profit de celles issues de « pourparlers directs » entre le camp de Joseph Kabila et le Rassemblement auquel Fayulu appartient.

 

 

Son nom est aujourd’hui cité parmi ceux des Premiers ministrables. Et, à défaut, l’élu de Kinshasa garde toutes ses chances de devenir ministre ou membre du Conseil national de suivi de l’accord, chargé notamment de veiller à l’aboutissement du processus électoral.

Candidat : déclaré

Atouts : très engagé sur le terrain, il n’hésite pas à se placer devant le cortège des manifestants anti-Kabila

Faiblesses : son assise électorale est limitée dans la ville-province de Kinshasa

 

Moïse Katumbi y croit

NI GAGNANT, NI PERDANT

 

BRYAN DENTON/NYT-REDUX-REA

 

 

Bien qu’il n’ait pas bénéficié des mesures de clémence que prévoit l’accord pour d’autres opposants (il est toujours inculpé d’atteinte à la sûreté de l’État dans une rocambolesque affaire de recrutement de mercenaires étrangers et condamné à trois ans de prison sur un dossier concernant des biens immobiliers), l’homme d’affaires de 52 ans a décidé de ne pas bloquer le processus.

L’ex-gouverneur, qui s’est vertement opposé à un éventuel « troisième penalty » de Joseph Kabila, peut se féliciter que ce dernier se soit engagé à ne pas recourir à un référendum pour changer la Constitution et briguer un nouveau mandat.

 

 

Autre motif de satisfaction : l’entrée dans le futur gouvernement et au sein du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA) des cadres du « G7 » (leaders de sept partis frondeurs de la coalition au pouvoir) et de l’Alternance pour la République (AR), deux plateformes rangées derrière lui. « Pour nous, entrer au gouvernement n’est pas une fin en soi, nous voulons plutôt organiser les élections le plus rapidement possible, d’ici à la fin de 2017, comme prévu », nuance cependant un proche collaborateur de Katumbi.

Candidat : déclaré

Atouts : son expérience et un bilan positif après huit années à la tête du Katanga, sa fortune et ses réseaux

Faiblesses : ses ennuis judiciaires qui risquent de retarder son retour au pays

 

Ève Bazaiba, entre résistance et résignation

NI GAGNANTE, NI PERDANTE

 

Camille Millerand pour JA

 

 

Après plusieurs atermoiements, la secrétaire générale du Mouvement de libération du Congo (MLC) et leader du Front pour le respect de la Constitution (FRC), 50 ans, a finalement signé, le 14 janvier, l’accord conclu à Kinshasa. Et ce, sur instruction de Jean-Pierre Bemba, chef du MLC, actuellement détenu à La Haye. Mais Ève Bazaiba continue de réclamer la direction du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA), confiée pour l’heure à Étienne Tshisekedi. « Le Rassemblement ne peut à la fois gérer le gouvernement et suivre le processus : il risque d’être juge et partie », martèle-t-elle.

Le MLC, qui revendique 197 élus provinciaux, peut au moins se féliciter d’avoir bloqué l’une des principales ambitions du Rassemblement à l’égard des provinces : faire nommer de nouveaux gouverneurs, en remplacement de ceux qui ont été élus. Ce qui revenait tout simplement à demander le partage du pouvoir entre les signataires et la majorité, excluant de fait le MLC.

Candidate : potentielle

Atouts : son franc-parler et sa stratégie de non-alignement, qui pourraient en faire la première force d’opposition

Faiblesses : sa difficulté à s’affranchir du candidat Jean-Pierre Bemba, pourtant condamné et emprisonné à La Haye

 

Les Tshisekedi, vainqueurs

GAGNANT

 

John bompengo/AP/SIPA

 

 

L’opposant « historique », Étienne Tshisekedi, est le grand gagnant du 31 décembre. Assuré de présider le Conseil national de suivi de l’accord, il devrait avoir un droit de regard sur l’action de l’exécutif. Rien ne l’empêche, par ailleurs, de se présenter à la prochaine présidentielle malgré son grand âge, 84 ans.

Aux prises avec la justice, Moïse Katumbi, son allié et néanmoins potentiel concurrent lors de cette future élection, demeure empêché d’y participer à ce stade. Enfin, il n’est pas exclu que Tshisekedi parvienne à placer un membre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) à la primature – le nom de son fils, Félix, est fréquemment cité.

Cette situation présente toutefois un risque important : à être aussi impliqué dans cette « cohabitation », il pourrait écorner son blason si elle n’obtenait pas les résultats escomptés.

Candidat : probable

Atout : sa popularité

Faiblesses : il sortira d’une période de quasi-cohabitation. Son âge avancé

 

Samy Badibanga : un petit tour et puis s’en va

PERDANT

 

Vincent Fournier/JA

 

 

Son passage à la primature aura été de courte durée. Nommé le 17 novembre 2016 – à la surprise quasi générale –, Samy Badibanga a à peine le temps de former son gouvernement qu’il doit préparer ses cartons. L’accord prévoit en effet que son poste revienne à un membre du Rassemblement de l’opposition, dont il ne fait pas partie.

 

 

Cet ancien proche d’Étienne Tshisekedi avait fait le choix de participer, en compagnie de Vital Kamerhe, au premier dialogue, conclu en octobre dernier. Or celui-ci, ses accords et ses décisions sont désormais dépassés. Badibanga va devoir se battre pour conserver une place dans le nouveau dispositif.

 

Les mouvements citoyens font du surplace

PERDANT

 

Gwenn Dubourthoumieu pour JA

 

 

À la différence des partis politiques, Filimbi et la Lucha (Lutte pour le changement) ont refusé tout accord les associant au pouvoir. Cette stratégie de résistance sans concession face à un pouvoir perçu comme illégitime les isole désormais. La majeure partie de la classe politique a, en effet, fait un choix différent. « Ils ont entériné un putsch de Joseph Kabila », se désole Floribert Anzuluni, le coordonnateur de Filimbi.

Par ailleurs, certaines de ses figures emblématiques, comme Carbone Beni, militant à Kinshasa, sont toujours détenues. Seule concession du compromis trouvé le 31 décembre : l’arrêt des poursuites contre Anzuluni, qui avait dû s’exiler en Europe. Ce dernier, qui reste prudent, souhaite à terme rentrer à Kinshasa et poursuivre son militantisme sur le terrain.

 

Léon Kengo wa Dondo, perdant à tous les coups ?

PERDANT

 

Vincent Fournier/JA

 

 

En actant le maintien au pouvoir de Joseph Kabila jusqu’à la présidentielle, l’accord du 31 décembre écarte, a priori, un scénario qui verrait le président du Sénat et dauphin constitutionnel, Léon Kengo wa Dondo, prendre le pouvoir le temps d’une transition. De plus, la programmation des élections provinciales et législatives au même moment doit aboutir au renouvellement des membres du Sénat, dont son président.

Néanmoins, sa plateforme, l’Opposition républicaine, a signé l’accord. « Nous voulions donner une chance à une transition démocratique et pacifique », explique l’un de ses cadres, Franck Mwe di Malila, par ailleurs gendre de Kengo. Lequel reste en fonction et n’a pas dit son dernier mot : en cas de blocage, il pourrait faire figure de recours et il n’exclut pas de se présenter à la présidentielle. P.B.

Candidat : probable

Atouts : son excellente connaissance de la classe politique congolaise, son expérience et sa position de numéro deux de l’État

Faiblesses : son grand âge, 81 ans, et son manque de popularité (il avait remporté 4,95 % des voix selon les résultats officiels des élections de 2011).

 

Vital Kamerhe, prêt à rebondir

NI GAGNANT, NI PERDANT

 

Gwenn Dubourthoumieu pour JA

 

 

Comodérateur de l’opposition lors des pourparlers de la Cité de l’OUA conclus en octobre, le président de l’Union pour la nation congolaise (UNC), 57 ans, se voyait déjà Premier ministre. Mais Joseph Kabila a confié à la mi-novembre 2016 le poste à Samy Badibanga, alors chef du groupe parlementaire Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et alliés.

L’ancien président de l’Assemblée nationale (2006-2009) a encaissé. Et dans son entourage, désormais, on positive : « Avec du recul, cette désillusion passe plutôt bien. Imaginez un seul instant Kamerhe à la place de Badibanga aujourd’hui, un chef du gouvernement nouvellement investi mais dont l’éviction est déjà programmée : il aurait été politiquement affecté pour longtemps ! »

Si ses alliés de l’opposition signataire de l’accord du 18 octobre boudent encore le compromis de la Conférence épiscopale nationale du Congo, lequel consacre principalement le partage du pouvoir entre le camp de Kabila et le Rassemblement, Kamerhe, revanchard, y adhère sans réserve, dans l’espoir de rebondir et de faire oublier sa mésaventure.

Candidat : probable

Atouts : sa popularité dans son fief du Sud-Kivu, son expérience, ses qualités d’orateur et de polyglotte (il parle les quatre langues nationales, entre autres)

Faiblesses : ses positions politiques sont parfois volatiles, et ses moyens financiers sont insuffisants pour couvrir tout le territoire

Pierre BoisseletTrésor Kibangula
 

19/01/2017

Crise politique en RDC: malgré l'Accord, un pays dans l'expectative

Crise politique en RDC: malgré l'Accord, un pays dans l'expectative  


AAlors que le président Kabila est toujours là, la RDC doit de nouveau faire face à ses contradictions politiques et ses incertitudes sociales et économiques.

« On a été déçus quand on a appris que Joseph Kabila allait rester au pouvoir encore pendant un an, mais bon, on s'y est fait. On observe les politiques et on verra après », soupire, un tantinet amer, Alain, un habitant de Lemba, une des communes populaires de Kinshasa. À l'évidence, bien des Congolais, à l'instar d'Alain, ont eu du mal à avaler la pilule. Car à la place d'un carton rouge, c'est une prolongation d'un an à la tête du pays qui a été accordée au président Joseph Kabila, dans le cadre de l'accord signé le 31 décembre 2016 entre l'opposition regroupée autour du Rassemblement des Forces politiques et sociales acquises au changement, présidé par Étienne Tshsekedi, et des membres de la Majorité présidentielle, sous l'égide de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco). En outre, les dernières négociations de l'accord politique portant sur « les arrangements particuliers » avançant à petits pas, la question de savoir si le Rassemblement aurait dû aller négocier avec le régime de Kabila ou non, reste posée.

« Éteindre le feu et faire passer la pilule »

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Le président de la Cenco, Marcel Utembi, signant "l'accord de la Saint-Sylvestre" en sa qualité de témoin (© R. Kitsita Ndong)

Sur ce plan, Thierry Nlandu, professeur à l'Université de Kinshasa et consultant, est formel : « On était dans un processus de mobilisation populaire qui allait aboutir et mettre fin à un système. Mais ce mouvement, semblable à celui du Burkina Faso qui a chassé Blaise Compaoré, a fait peur. On a brandi le spectre du chaos et face à cette menace, toutes les forces politiques sont entrées dans le jeu. Mais les Congolais vivent le chaos au quotidien depuis des années.

On veut sauver la paix, mais il n'y a pas de paix depuis vingt ans. Dans l'est de la RDC, c'est la guerre avec arme et dans l'ouest, c'est une guerre sans arme. La situation sociale est telle que personne n'est en paix. On a l'impression que l'Église catholique n'a eu pour rôle que d'éteindre le feu et de faire passer la pilule. C'est comme si cette grande puissance ne voulait pas d'un soulèvement populaire qui mettrait fin à un régime comme celui-ci. »

Pour d'autres, l'accord est une victoire de la population, du Rassemblement et de la Cenco. « C'est la première fois qu'une opposition arrive à faire plier un régime en place en Afrique centrale », relève ce professeur de médecine de l'université de Lubumbashi. Pour Francis, un analyste politique congolais, la négociation était inévitable. « Les intérêts locaux, nationaux et étrangers sont si imbriqués que la seule option qu'il fallait prendre était une solution négociée. À Kinshasa, un mouvement populaire aurait peut-être pu obtenir le départ de Kabila mais rien ne prouve que l'opposition aurait pris le pouvoir. Il est difficile d'évaluer le coût de la violence et de son bénéfice éventuel et de prévoir qui aurait pu gagner dans cette affaire. »

L'opposition choisit finalement la négociation

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Pour Jean-Jacques Wondo, expert et analyste des questions politiques et sécuritaires de la RD Congo et de sa région, si l'opposition avait pu faire l'économie d'une négociation, elle aurait montré sa position bien avant le 19 décembre 2016. Toutefois, deux problèmes ont, selon lui, fragilisé ces négociations. Primo, ces pourparlers ont débuté trop tôt. « Kabila avait peur de l'échéance du 19 décembre et d'un soulèvement populaire. Il aurait fallu le laisser mariner jusqu'au 31 décembre, tout en sachant qu'on finirait par des négociations. Ce qui aurait permis à l'opposition de négocier en position de force », assure Wondo.

Secundo, l'absence de stratégie s'est doublée d'un déficit de communication. Avant le 19 décembre, le Rassemblement a encouragé la population à descendre en masse dans la rue pour indiquer à Kabila que le respect de la Constitution est sacré. Jusqu'à cette date, le ciment entre le Rassemblement et la population était solide. Il a commencé à se lézarder quand l'opposition a pris une autre direction.

« Le 19 décembre, jour symbolique, la population s'attendait à ce que les politiciens l'accompagnent dans son mouvement, mais cela n'a pas été le cas. Le Rassemblement a opté pour la négociation, brisant ainsi le « gentleman's agreement » qu'il avait scellé tacitement avec la population et il n'a pas expliqué clairement à cette dernière le pourquoi de sa nouvelle tactique », analyse Wondo.

Du coup, la population, désorientée, est dans l'expectative et ne sait plus à quels saints se vouer. « Elle se demande ce qui se passe dans les négociations en cours, et si le respect de la Constitution qui doit aboutir à l'alternance politique est bien toujours au centre des préoccupations des politiques. »

Les défis politiques face aux multiples menaces

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"Table ronde" du vendredi 30 decembre 2016 finalisant les derniers points de l'accord

Aujourd'hui, le Rassemblement doit relever deux grands défis que sont l'organisation des élections d'ici à décembre 2017 et l'amélioration des conditions de vie. Un pari difficile à tenir pour des raisons financières et politiques. Le budget 2017 s'élève à 4,5 milliards de dollars, soit la moitié de celui de 2016. Autant dire que le gouvernement peinera à mener à bien ces missions et devra compter sur l'aide extérieure pour financer les opérations électorales.

En outre, il ne pourra guère compter sur la majorité présidentielle pour appliquer l'accord dans les temps impartis. Ni sur celle de Samy Badibanga, l'actuel Premier ministre, qui n'a pas signé l'accord du 31 décembre et ne semble pas prêt à renoncer à son poste, obtenu à la suite du premier accord négocié sous la facilitation du Togolais Edem Kodjo.

Même au sein de l'opposition, les divergences sont également de nature à ralentir le processus. Alors que la Primature revient au Rassemblement, le choix du Premier ministre et la répartition des postes ministériels font l'objet d'âpres discussions. Ce qui fait dire aux Congolais que, « comme d'habitude, les politiques privilégient leur intérêt personnel au détriment de celui de la population ».

Il y a également les multiples recettes destinées à déstabiliser le pays et, au passage, à retarder le processus électoral, que ne manqueront pas de concocter les experts en anti-alternance politique. On signalerait la réapparition dans la province du Nord-Kivu d'éléments du tristement célèbre mouvement rebelle du 23 mars, dit M23, autrefois dirigé par Laurent NKunda et conduit aujourd'hui par Sultani Makenga, un ex-général des Forces armées de RDC.

La société civile prête à exploser

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Quelle qu'en soit l'origine, tout ce qui retardera le processus électoral peut être à l'origine d'explosions sociales. « Si les élections n'ont pas lieu dans les délais prévus, ce que l'on saura rapidement, les gens risquent de se rebeller », martèle Alain. Thierry Nlandu abonde dans le même sens : « On ne sait pas aujourd'hui quand sortira le gouvernement. Une fois sorti, ce dernier devra avoir l'aval du Parlement qui est acquis à la Majorité présidentielle et qui peut tergiverser pendant des semaines avant de se prononcer. On arrivera très vite en avril. Combien de temps restera-t-il pour organiser les élections ? Du coup, constatant que rien ne se passe, la population, excédée, risque de se retourner contre Joseph Kabila, toute la classe politique, et même contre l'Église. »

 

Une analyse partagée par Wondo : « Quand le Rassemblement se retrouvera à la tête d'un gouvernement d'union nationale, le désaveu risque d'être total si les choses ne se passent pas comme prévu. Il portera alors la responsabilité de l'échec. La colère et toute autre manifestation de désespoir peut déboucher sur des actions ciblées contre tout ce qui symbolise le pouvoir, peu importe contre qui, car il n'y aura plus d'opposition puisque tout le monde sera au pouvoir. »

Dans ce contexte, on peut craindre que les mouvements citoyens, dont les plus célèbres sont la Lucha et Filimbi (« sifflet » en langue swahili), qui ont fonctionné jusqu'à présent en tandem avec l'opposition radicale, ne soient amenés à se radicaliser. « Constatant les limites de leurs actions de revendication pacifiques, les jeunes seront tentés d'emprunter d'autres formes de pression plus contraignantes et imprévisibles », souligne Wondo. Et ce n'est pas la menace de la prison qui va les arrêter. Certains militants l'ont prouvé en reprenant la lutte dès leur sortie de prison. Dans ce contexte, une collusion avec la grande muette, les forces armées et des services de sécurité, en partie désarmés par crainte de mutineries, n'est pas à exclure. Dans ses rangs se trouvent des laissés-pour-compte aux conditions de vie difficiles.

Kabila toujours présent

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Rencontre entre le Président Joseph Kabila et une délégation de la Cenco. (© Radio Okapi/ J. Bompengo)

L'hypothèse d'un coup d'État militaire est peu plausible pour Francis. « Dans la périphérie du régime, il n'y a pas de miliciens d'envergure qui ont la capacité militaire de défaire l'armée congolaise. La sécurité de Kabila est assurée par des armées étrangères (Rwanda, Ouganda et Tanzanie). Au niveau interne, le mode de vie des officiers est fragile, mais il a été amélioré par les cadeaux que leur a faits Kabila en les laissant exploiter des mines et prélever des taxes. Ces officiers n'ont donc pas intérêt à le défaire », déclare-t-il.

Reste à savoir si les mouvements citoyens peuvent jouer un rôle politique au niveau national. Pour l'heure, ce sont des structures indépendantes, avec un leadership collégial et éclaté, parfois contesté à l'intérieur du mouvement, et qui sont composés de jeunes. Une tranche d'âge dont on ne sait toutefois plus où elle s'arrête. « Ce n'est plus les 15-25 ans mais les 15-55 ans, car depuis des années, de plus en plus de Congolais ont en commun de n'avoir jamais eu un vrai boulot durable et de vivre encore chez leurs parents après 30 ans. Ils en ont marre », signale Nlandu.

C'est d'ailleurs autour des problèmes socio-économiques que les jeunes leaders ont tissé un lien avec la population. Si leurs actions permettent à la population de rester vigilante et de faire pression sur la classe politique, ces mouvements n'ont souvent qu'une assise locale avec un leadership circonscrit.

Mais tout porte à croire que de nouvelles dynamiques vont se mettre en place. « Loin de rester dans un schéma figé, ces mouvements seront tentés de s'étendre et de coopter des leaders capables de devenir les porte-étendards de leurs revendications sur le plan politique à l'échelle nationale », indique Wondo. Tout dépendra donc de leur capacité à se structurer et à orienter leurs revendications vers des objectifs stratégiques.

Vers une recomposition du paysage politique

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Meeting de l'opposition à Kinshasa pour célébrer l'anniversaire de l'ouverture démocratique, le 24 avril 2016. (© Junior Kannah/AFP)

La recomposition n'épargnera pas la classe politique dans son ensemble. Du côté de la Majorité présidentielle, les contradictions apparaissent de plus en plus au grand jour. La dernière pomme de discorde est la sortie officielle, le 4 janvier dernier, de l'Union du peuple congolais engagé (UPCE) créée par Jean-Claude Kabila Kyungu, un frère cadet de Joseph Kabila. Une annonce qui fait grincer les dents de certains membres du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD).

D'où les inévitables interrogations : qui sera le dauphin de Kabila ? Son frère Zoé ? Si tel est le cas, quid des ténors du PPRD qui pouvaient reprendre le flambeau ? N'y a-t-il pas un risque de transhumance de militants du PPRD vers l'UPCE ? Et d'accaparement des ressources financières disponibles par ce dernier au détriment du PPRD ? Et l'amer constat : à quoi a servi le PPRD qui a permis l'élection de Kabila en 2006 et 2011 ? Si le positionnement de la famille Kabila en tant que dynastie se confirmait, rien n'exclut l'émergence d'une nouvelle dissidence à l'intérieur de la Majorité présidentielle. Autant de recompositions politiques à venir qui pourraient se faire au détriment du processus démocratique.

Le Rassemblement, de son côté, a bien des atouts, notamment celui de fédérer plusieurs leaderships locaux, dont celui de Moïse Katumbi dans l'ex-Katanga et celui d'Olivier Kamitatu dans l'ex-Bandundu, auquel s'ajoute le leadership historique de Tshisekedi, président de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Ce qui lui donne une couverture nationale. Mais des inconnus demeurent.

Actuellement à l'étranger et inculpé pour « atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l'État », l'ex-gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, la bête noire de Kabila, pourra-t-il rentrer au pays et se présenter à la présidentielle ? Si ce n'est pas le cas, quel sera le candidat de l'opposition ? Le principe d'une candidature unique de l'opposition survivra-t-il aux éventuels combats d'ego ?

Mais le Rassemblement a aussi de gros défis. Il faut très vite que la population légitime son gouvernement, l'accord signé le 31 décembre 2016 ayant été davantage obtenu sous la pression de la communauté internationale et légitimé par l'extérieur que le résultat d'une demande populaire. Outre les défis liés à la gouvernance, dans un gouvernement d'union nationale où les ministres de la Majorité présidentielle ne lui feront pas de cadeaux, il devra affiner sa stratégie et mieux communiquer sur ses actions et les enjeux.

La lutte pour l'alternance politique

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Manifestation pacifique des militants de Lucha devant la représentation del'UA à Kinshasa, le vendredi 20 octobre 2016. (© Twitter)

Dans cet avenir incertain, aux contours flous, où les acteurs politiques restent peu contrôlables, une certitude demeure. Les principes démocratiques, articulés autour de la lutte pour l'alternance politique et la défense de la Constitution, qui ont fondé les dynamiques socio-politiques autour du Rassemblement, n'ont pas disparu. La population, qui s'est approprié ce processus et ses valeurs, veille au grain. « L'aspiration au changement restera constante même si on peut s'attendre à des phases de flottement », pense Wondo.

Dans ce contexte, la marge de manœuvre du président Kabila n'est pas aussi importante qu'on pourrait le croire. Ni celle du Rassemblement. Car les lignes bougent en permanence et la véritable opposition n'est plus incarnée par les partis politiques mais par une jeunesse dont le mécontentement et les aspirations au changement sont immenses. Reste à savoir quelle force ou quelle fédération de forces sera capable de récupérer ses revendications et d'arriver à asseoir l'alternance politique

 

(  MCN TEAM ,


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12/01/2017

RD Congo : libre sur le papier, l’opposant Moïse Moni Della se trouve toujours en détention à Makala

RD Congo : libre sur le papier, l’opposant Moïse Moni Della se trouve toujours en détention à Makala

Plus de dix jours après la signature de l'accord politique de la Saint-Sylvestre qui, entre autres, acte sa libération, l'opposant Moïse Moni Della, reconnu comme l'un des sept prisonniers politiques emblématiques, est toujours en détention à Kinshasa.

Au ministère de la Justice, on évite le sujet. Impossible de prendre connaissance de l’évolution de la mise en oeuvre des mesures de décrispation décidées dans l’accord politique global et inclusif signé le 31 décembre au Centre interdiocésain de Kinshasa.

Ce jour-là pourtant, « les parties ont pris acte avec satisfaction que les cas d’Antipas Mbusa Nyamwisi, Roger Lumbala, Floribert Anzuluni et Moïse Moni Della ont déjà été traités par la [commission des hauts magistrats], laquelle a déjà décidé soit de l’arrêt des poursuites pour les trois premiers, soit de la libération pour le dernier », peut-on lire dans les dispositions du compromis politique conclu entre la Majorité présidentielle (MP), le Rassemblement, principal regroupement de l’opposition congolaise, et quelques signataires du premier accord du 18 octobre.

Trois « cas emblématiques » non réglés par l’accord

Trois autres « cas emblématiques » des prisonniers et exilés politiques, présentés par le Rassemblement lors des pourparlers pour obtenir des « gestes forts » du pouvoir, sont restés en suspens : celui d’Eugène Diomi Ndongala, condamné pour viol sur mineures, a « posé un problème de conscience dans un pays comme la RDC régulièrement présenté par ses détracteurs comme la capitale mondiale du viol », s’est justifié début janvier Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais.

Le sort des deux autres,  Jean-Claude Muyambo et Moïse Katumbi, condamnés dans une similaire et rocambolesque affaire immobilière, a été confié aux évêques. Ces derniers poursuivront des contacts auprès des autorités pour tenter d’arracher une mesure de décrispation en leur faveur.

À LIRE AUSSI :

Inculpé d’atteinte à la sûreté de l’État dans une autre affaire, portant sur le recrutement de mercenaires, Moïse Katumbi avait d’ailleurs demandé au Rassemblement de ne pas faire de son cas un « point de blocage » lors des pourparlers avec le camp de Kabila, permettant ainsi la signature in extremis de l’accord.

Mais pourquoi Moni Della n’est-il toujours pas libéré ?

Moïse Moni Della, lui, a vu son cas réglé par l’accord. Pourtant, malgré sa libération annoncée dans ce dernier, il continue de croupir dans une cellule du pavillon 1 de la prison tristement célèbre de Makala, à Kinshasa.

« Ce n’est qu’une question de procédure, croit savoir une source judiciaire proche du dossier. Une mesure de décrispation sera bientôt prise en sa faveur et une fois le parquet notifié, les charges à son encontre seront abandonnées et il pourra quitter la prison. »

Moïse Moni Della a arpenté les couloirs de la mort

Mais dans l’entourage de Moïse Moni Della, l’on se dit « préoccupé » par cette lenteur. Interpellé le 19 septembre lors d’une manifestation réclamant la convocation de l’élection présidentielle dans les délais constitutionnels, ce proche de Moïse Katumbi et président des Conservateurs de la nature et démocrates (Conade) est resté introuvable pendant plusieurs jours avant que sa présence ne soit signalée dans un premier lieu de détention.

« Moïse Moni Della a arpenté les couloirs de la mort : il a d’abord été détenu au camp Tshatshi avant d’être transféré à la première zone de défense, puis à Ndolo, au Casier judiciaire et au parquet. C’est depuis le 30 septembre qu’il a été finalement amené à Makala », raconte un proche de l’opposant qui dit également craindre que le leader des Conade ne soit « empoisonné durant sa détention ». « C’est un témoin gênant des bavures commises par les forces de l’ordre et de sécurité lors de la manifestation du 19 septembre », soutient-il.

Dans une correspondance datant du 5 janvier, le parti de Moïse Moni Della a saisi le procureur général de la République pour « solliciter [son] implication personnelle, en tant que patron de l’action et maître de l’action publique, aux fins de lever tout obstacle administratif et de rendre effective » la libération de son leader. Pour l’instant, rien n’y fait.

Incompréhension chez les évêques

Du côté de la médiation, l’on ne comprend pas non plus pourquoi les premières mesures de décrispation annoncées, dont la libération de Moïse Moni Della et le retour des trois exilés politiques (Antipas Mbusa Nyamwisi, Roger Lumbala et Floribert Anzuluni) ne sont toujours pas effectives. « La question était même de nouveau sur la table des discussions hier [11 janvier] lors de la reprise des travauxsur l’arrangement particulier », renseigne une source au sein de la Cenco.

Aussi le Conseil national de suivi de l’accord (CNSA) ne peut-il pas encore se saisir du dossier. « Les évêques ont demandé à Étienne Tshisekedi [président désigné de la structure, ndrl] d’attendre sa notification avant d’entrer effectivement en fonction », confie à Jeune Afrique un proche collaborateur du président du comité des sages du Rassemblement.

Trésor Kibangula
 
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